Reportage

A la poursuite du brocard, le "kojo" en Pologne

A la poursuite du brocard, le "kojo" en Pologne
Après avoir chassé les chevreuils, vient le moment du pesage ©Alain de l'Hermite

Pour bien des chasseurs, la Pologne reste un graal cynégétique, notamment pour l'approche du brocard, le fameux “Kojo”. Nous l'avons vérifié au printemps dans la région de Grande-Pologne.

Il y a moins d’une heure, le vol LH1636 a décollé de Munich pour nous emmener à Poznan, la capitale de la voïvodie de Grande-Pologne. Le nom de cette région (la Pologne en compte seize) sonne comme un hommage à ses origines. Puisque les Slaves s’y établirent pour la première fois au début de notre ère et que la christianisation y prit pied au Xe siècle. Tandis que l’avion amorce sa descente vers l’aéroport de Poznan-Lawica, Miguel et Richard, les grands ordonnateurs de notre périple, jettent un oeil sous les ailes de l’avion. Visiblement, la chasse a déjà commencé pour eux. Le monde n’existe plus ou, plutôt, il est à quelques centaines de mètres en dessous. Ce sera à celui qui repérera le premier un mirador ou qui devinera la tache rouge d’un chevreuil au gagnage. Car nous sommes le 9 mai et cette date est un rendez-vous sacré auquel pas un dévot de Saint-Hubert ne saurait se soustraire, sous peine d’excommunication immédiate ! En effet, ce week-end a lieu l’ouverture de la chasse du brocard à l’approche. Michel, un troisième larron, complète l’équipe des chasseurs. Ses deux compères n’ont sans doute pas eu de mal à le convaincre de les accompagner dans leur quête des brocards dans ce pays délicieux dont les habitants ont tissé d’étroites relations avec la France et nous réservent à chaque fois un accueil fraternel.

 Pour quelques minutes encore, nous survolons les fameuses zones de chasse des alentours de Zielona Gora, où pousse l’unique vigne de Pologne. La facilité d’accès au temps du rideau de fer de ce territoire du fait de sa proximité avec l’Allemagne n’est sans doute pas étrangère à sa célébrité. Ce dernier quart de siècle, les choses ont beaucoupchangé, avec l’ouverture de la Pologne à l’Ouest, définitivement actée en 2004 après son adhésion à l’Europe. On se souvient de cette date, humoristiquement liée à l’histoire du “plombier polonais”…

 Au beau milieu du vaste espace vitré de l’aérogare flambant neuf, trônent des statues de femmes en bronze aux patines colorées, sculptées par Henryk Bakalarczyk. Non loin, attend une autre jeune femme blonde, bien réelle cette fois. À son sourire, nous comprenons qu’elle est là pour nous. D’ailleurs Richard s’amuse à paraphraser la chanson Nathalie de Gilbert Bécaud : « Maïka, mon guide ». C’est à l’occasion d’une chasse aux perdreaux, à l’est de Varsovie, qu’il a découvert l’agence de chasse Contact, l’année même de sa fondation par Maïka, il y a près de vingt. Au fil des séjours, « Maïka est devenue une amie », nous dit-il. Les formalités administratives d’importation des armes sont expédiées et, sans tarder, notre convoi constitué de deux voitures prend la direction du nord, pour la ville de Pila. Pila se prononce « Piwa ». Et, comme Miguel a émis le souhait d’effectuer la visite du territoire de chasse en fin d’après-midi, il n’y a pas de temps à perdre. Pour l’instant, depuis l’autoroute, très récente, nous observons les riches plaines de la Grande-Pologne. Au jaune des champs de colza, succède le vert tendre des blés en herbe et ainsi de suite… Là un vol d’oies, ici des cigognes à l’affût dans un marais, nous rappellent que la Pologne accueille la nidification de la majorité des oiseaux migrateurs européens. Parcontre, sur la palette étendue des couleurs du printemps, nos yeux acérés sont incapables de découvrir la livrée rouge d’un chevreuil. Une centaine de kilomètres viennent d’être rapidement engloutis...Lire la suite...