Actualités

“Antispéciste” d’Aymeric Caron De l’extrémisme en écologie

“Antispéciste” d’Aymeric Caron De l’extrémisme en écologie
Une lionne sur le point d'atteindre un jeune koudou en Namibie. Le phénomène de la prédation est inscrit au coeur même de la vie © Martin Harvey/Alamy stock photo

La préservation de la planète ne doit pas devenir la… “chasse gardée” d’idéologues qui militent pour une écologie extrémiste, d’autant plus dangereuse qu’elle pénètre les consciences en s’octroyant les prérogatives de l’éthique et du Bien. Antispéciste (Éditions Don Quichotte), le dernier livre d’Aymeric Caron, illustre précisément cette tendance dévastatrice de la modernité. Nous pensons qu’il incombe à chacun d’entre nous – chasseurs ou non – d’être attentif aux formes nouvelles qu’emprunte ce type d’idéologies simplistes et efficaces. Car il ne s’agit pas seulement là de l’avenir de la chasse : ce qui est en jeu, c’est une redéfinition intégrale du rapport homme/nature – redéfinition dictée par une vision fantasmatique et artificielle de l’un comme de l’autre. Le livre de Caron ? Une projection édifiante de ce que certains esprits déconnectés du réel voudraient voir advenir : un monde indifférencié où la distinction homme/animal – notions surfaites – serait d’un autre temps…

 Je suis antispéciste. C’est-à-dire que je considère qu’il n’y a aucune justification à discriminer un être en raison de l’espèce à laquelle il appartient. Entre l’homme et l’animal, il n’y a, affirme Aymeric Caron, qu’une différence de degré et non de nature; l’homme est un animal; il convient donc de parler d’« animal humain » ou « non humain ». Le premier n’a pas vocation à dominer le second, et l’anthropocentrisme dont les sociétés occidentales ne cessent de se rendre coupables est infondé. Bien plus : pour Caron, les avancées de la science, la philosophie et l’éthique nous obligent à considérer « que tout animal est un individu, ou une personne, c’est-à-dire un être avec son univers mental, sa subjectivité, sa capacité d’éprouver des sentiments et d’élaborer des projets plus ou moins développés ». En conséquence, il milite pour « l’élargissement de notre sphère de considération morale » à l’ensemble des « animaux non humains », ce qui suppose de leur accorder quatre « droits fondamentaux » : « Nous ne devons plus, écrit-il, manger les animaux, ni les enfermer, ni les torturer, ni en faire le commerce. » Cohérent comme le sont les plus ardents jusqu’auboutistes, l’auteur préconise entre autres l’« abolition » de toute forme d’élevage, la fermeture des zoos et parcs aquatiques, l’interdiction de l’utilisation des animaux dans les cirques, la suppression des « courses hippiques, canines, et [de] tous les concours qui impliquent des animaux, y compris les épreuves d’équitation », l’interdiction de la corrida et, bien sûr, de la chasse.

 Appelant à la « résistance » et au « boycott », il estime que le simple fait d’appartenir à la communauté du « vivant sensible » implique des « droits minimaux » qu’il revient à l’homme d’établir et de faire respecter. Sur la base de ce postulat qui fait de l’animal un « frère », un « cousin » ou un « parent » de l’homme, Caron consacre d’amples développements à la révolution sociale, institutionnelle, juridique et politique qu’il appelle de ses voeux et qui seule permettra, juge-t-il, de sortir de l’impasse où « l’humanisme anthropocentré » nous a conduits. Violemment anticapitaliste, il soutient que la fin de l’exploitation animale est conditionnée par une remise en question définitive de l’économie libérale ; aussi s’efforce-t-il de théoriser les fondements d’une « biodémocratie » au sein de laquelle « l’intérêt à vivre » de chaque individu humain ou non humain serait représenté et défendu. « L’antispécisme est la révolution idéologique du XXIe siècle » : le bouleversement éthique qu’il véhicule entraînera la destruction de notre, au profit d’une « République du Vivant » inédite. Tel est le contenu de cet ouvrage d’environ 500 pages...Lire la suite...