Reportage

Arcachon L’Île aux Oiseaux paradis ailé

Arcachon L’Île aux Oiseaux paradis ailé
Un bécasseau maubèche. Courlis corlieu, barge rousse, bécasse maubèche : quelques unes des nombreuses espèces présentes sur l'île aux oiseaux © Julien Domingo

Située sur la commune de La Teste-de-Buch, au coeur de la très chasseuse Gironde et du mythique bassin d’Arcachon, l’Île aux Oiseaux fait partie de ces zones humides emblématiques où tout sauvaginier rêverait de tremper ses bottes. Nous y avons passé trois jours rythmés par les grandes marées.

Alors que notre bateau était lancé à pleine vitesse sur le bassin, une langue de terre étroite émergeant à peine de l’eau à marée haute apparut soudain, puis nous vîmes poindre la silhouette insolite des fameuses cabanes “tchanquées” montées sur pilotis. Originaire des hautes terres du Massif central, qui ont naturellement fait de nous un chasseur des cimes et des sommets davantage que des plaines et des marais, nous ne connaissions de l’Île aux Oiseaux que le nom et sa solide réputation de sanctuaire du gibier d’eau, des oiseaux migrateurs en général ou encore des loups de mer.

 En elle-même, cette île est une légende. D’abord par son origine, qui demeure mystérieuse puisque personne ne sait dire aujourd’hui s’il s’agit d’un ancien banc de sable, d’un amas de vase lentement constitué par les vents et les courants ou encore d’une dune détachée de la partie terrestre et partie à la dérive sur le bassin au fil des siècles. Plus énigmatique encore, sa surface est variable d’une marée à l’autre : près de 2 000 hectares à marée basse, moins de 100 hectares quand les coefficients atteignent ou dépassent les 110. Son nom, enfin, n’est pas usurpé, quand on songe que plus de soixante espèces d’oiseaux différentes, chatoyantes et variées, la peuplent au fil des saisons : martins-pêcheurs, pluviers, courlis, tadornes, bernaches, gorgesbleues à miroir… il y en a pour tous les goûts ! Un vrai paradis pour l’avifaune.

 Or, si cette île est encore de nos jours un sanctuaire et un refuge, c’est notamment parce qu’elle a été bien protégée des menaces qui pesaient sur elle. Drainage, constructions, artificialisation des sols ou encore massification touristique auraient pu avoir raison de sa tranquillité et de sa sauvagerie. C’eût été compter sans l’attachement qu’ont pour elle les habitants du bassin, de la dune du Pilat au Cap-Ferret en passant par ceux d’Arcachon ou encore de L’Herbe ou Piraillan. Un peu d’histoire permet de mieux comprendre l’évolution de la réglementation sur l’île : avant 1820, son territoire était un bien commun à tous les habitants des bords du bassin, qui en usaient librement et sans contrainte, notamment comme lieu de pacage pour les troupeaux de vaches et de chevaux qui s’y rendaient en nageant depuis les villages les plus proches : ce qui donna son nom à la pointe située entre Petit-Piquey et Grand-Piquey : la Pointe aux Chevaux. En 1827, l’île est intégrée au domaine public. L’ostréiculture s’y installe vers 1950 et les premières cabanes à usage professionnel apparaissent. Au XXe siècle, la motorisation des pinasses (les barques des pêcheurs et ostréiculteurs) permettant le travail à la journée transforme progressivement l’usage des cabanes. Peu à peu, l’île devient un lieu consacré à la chasse, à la pêche récréative et aux loisirs en général. Début 2005, l’État remet en gestion au Conservatoire du littoral, pour trente ans, les 219 hectares du domaine public maritime de l’île. Sur les 139 hectares émergés, sont implantées quarante cabanes (plus les deux célèbres cabanes “tchanquées” qui se retrouvent les pieds dans l’eau dès que la marée remonte), à quoi s’ajoutent quarante et unetonnes (affûts flottants, que l’on appelle ailleurs des gabions) destinées à la chasse de nuit des oiseaux d’eau et quinze pantes vouées à chasser les migrateurs terrestres. Les cabanes, devenues cabanes de loisir, font désormais l’objet d’une autorisation d’occupation temporaire (AOT), délivrée par le Conservatoire selon une procédure d’attribution un brin complexe. Celle-ci d’une durée de sept ans évite les dérives de la transmission et de la cabanisation permanente, contraires au droit maritime concernant le domaine public. On est donc seulement occupant, jamais propriétaire de sa cabane. Conséquence de ce dispositif, l’accostage et le mouillage sur l’île sont réglementés, c’est-à-dire autorisés seulement aux ayants droit, qui ont l’obligation de coller sur leurs embarcations le fameux macaron d’autorisation d’accès à la zone protégée. Précisons que l’Île aux Oiseaux n’est accessible qu’en bateau, et à marée haute. À marée basse, un chenal à fort courant forme une barrière difficilement franchissable autour de la partie émergée. Le camping est par ailleurs totalement interdit...Lire la suite...