Reportage

Armurerie Purdey & Sons Maison haute couture

Armurerie Purdey & Sons Maison haute couture
Les armes sont toujours fabriquées à Londres, dans de nouveaux locaux. Un modèle récent, un fusil juxtaposé de calibre 12 © James Purdey & Sons

Certains lieux ont le pouvoir de ralentir la course du temps.
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 Or il est à Londres, en plein coeur de Mayfair, un lieu qui inspire très exactement cette gamme d’émotions rares. OEuvre de l’architecte William Lambert, Audley House fut construite entre 1881 et 1883 : une élégante bâtisse de briques rouges à quatre étages et aux structures métalliques, située tout près de Hyde Park, sur South Audley Street. Chargée d’histoire, la maison arbore au faîte de son entrée principale le lion et la licorne qui symbolisent la monarchie britannique, ainsi que la devise de celle-ci héritée de Henri V : « Dieu et mon droit » – en français, s’il vous plaît… Environné de superbes vitrines où l’esprit de la chasse rayonne avec noblesse, ce fronton d’origine surplombe lui-même un nom qui, dans l’univers de l’arme fine, est synonyme d’excellence et de perfection absolues. Six lettres. Deux siècles de pur génie au service de la cynégétique. Et le plus prestigieux armurier au monde.

 Purdey… Quelle émotion que de se tenir, en ce mois de septembre naissant, devant la porte de cette institution qui fut toujours – à juste titre – consciente de son rang ! En franchissant le seuil d’Audley House, on ne peut s’empêcher de songer que cet endroit mythique a reçu et continue de recevoir la fine fleur de l’esthétique et du tir… L’on se souvient, surtout, de ce que James Purdey le Jeune (1828-1909), fils du fondateur, avait déclaré dans une lettre datée de 1866 : « Je ne fais qu’une seule qualité, la meilleure. J’ai mes propres compagnons, fabrique mes armes dans mes propres ateliers, paye plus cher pour obtenir cette qualité et dispose d’ouvriers extrêmement qualifiés qui se chargent de contrôler et d’assurer la perfection de la finition, et dont je pense qu’ils sont absolument les meilleurs de la profession. » Cent cinquante ans plus tard, ces propos pétris d’une légitime assurance ne seront certes pas démentis par notre hôte, Emmanuel Guegan. Accueillant, chaleureux, ce Français expatrié au royaume de Sa Majesté – « Je suis petit breton de naissance ayant élu domicile chez les Grands-Bretons ! » – s’apprête à nous faire vivre une journée que nous qualifierons sobrement… d’inoubliable.

 Après avoir traversé la boutique et caressé du regard les objets, vêtements et autres luxueux accessoires qui s’y trouvent disposés avec un évident souci du détail, nous voici bientôt dans le temple d’Audley House : la fameuse Long Room – cette “salle d’exposition” où le temps paraît avoir suspendu son vol et la mémoire élu domicile… Jadis, c’était le bureau personnel de James Purdey le Jeune; au centre, il y avait alors un imposant puits rectangulaire – retiré en 1938 et remplacé par une table à l’avenant – qui permettait aux dirigeants de surveiller les ateliers situés au sous-sol… Aujourd’hui, la Long Room ferait assurément pâlir d’envie musées et collectionneurs : photographies dédicacées de clients célèbres, lettres manuscrites, trophées magnifiques, peintures… La petite comme la grande histoire y est omniprésente. Un exemple ? « Nous savons que c’est dans cette pièce, confie Emmanuel, que décision fut prise, en 1944, de débarquer en Normandie. Chef d’état-major sous le commandement d’Eisenhower, le général Bedell Smith organisa ici plusieurs réunions secrètes à cette fin… »...Lire la suite...