Reportage

Au Kazakhstan, la steppe immense et sans limites

Au Kazakhstan, la steppe immense et sans limites
Notre guide et notre armurier devant un brocard huit cors. Un trophé obtenu après plusieurs jours de chasse sans succès © Jean-Louis Llombart

À la frontière nord du Kazakhstan, où les plaines se déroulent à l’infini, d’épais bosquets de bouleaux abritent le chevreuil de Sibérie, plus charpenté que celui que nous connaissons en France. Il faut être vif car lui nous repère vite…

Nos pupilles s’agrandissent au travers des hublots en découvrant les immenses champs de la Sibérie occidentale sous les ailes de l’avion dont la trappe du train d’atterrissage vient de claquer sous le plancher de la carlingue. Michel Strogoff surgit de nos adolescences. « La voici enfin la steppe, la steppe immense et sans limites ! » Que décrivait Ivan Tourgueniev (1818-1883) dans les Mémoires d’un chasseur. Il partageait avec Jules Vernes (1829-1905), le même éditeur. Puis, à plus basse altitude, alors qu’apparaissent les faubourgs d’Omsk, des quartiers entiers dressent vers le ciel les blocs de béton de leurs barres d’immeubles dont la géométrie pénitentiaire ne manque pas d’évoquer Fiodor Dostoïevski (1821-1881) et ses Souvenirs de la maison des morts. La piste est là, nous touchons enfin le tarmac.

Quelques minutes plus tard, après avoir récupéré nos bagages dans une cohue presque africaine, (suivant les conseils de notre voyagiste nous n’avons pas pris d’armes), nous faisons la connaissance de Natacha, notre jolie interprète. Au-dessus de ses hautes pommettes, ses magnifiques pupilles bleues sourient, en nous annonçant qu’il ne reste plus que quatre heures de route pour rejoindre la “Maison de la chasse” à trois cents kilomètres au sud-ouest d’Omsk presque à la frontière nord du Kazakhstan.

Depuis l’intérieur du 4x4 Chevrolet, paré de bois et de cuir, où nous sommes mon ami Jean-Pierre et votre serviteur confortablement installés, nous avons tout le loisir d’admirer la démesure des champs de la Sibérie occidentale dont l’alignement des interminables sillons sabre jusqu’à l’horizon une terre noire, luisante sous le soleil, gluante de tourbe, lourde de vie et riche de promesses.

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Après deux heures de trajet, sur un bitume lisse et rapide, au travers des plaines sans fin, où les rangées des poteaux des interminables lignes téléphoniques accentuent la démesure, des travaux, sur les voies du fameux train transsibérien, nous dévient sur des routes secondaires simplement empierrées. Les nids-de-poule se succèdent, les suspensions grincent, nos vertèbres se tassent, nos cous se raidissent et nos têtes alourdies par d’irrépressibles accès de sommeil (après la nuit passée dans l’avion), ballottent dans tous les sens. Trois heures plus tard, le Chevrolet capitule devant les ornières boueuses des abords d’un village. Les téléphones mobiles entrent en action et un minibus Combi Volkswagen, datant de l’ère soviétique, vient à notre secours.

 Une dizaine de kilomètres plus loin, nous posons enfin nos sacs sur le perron de la “Maison de la chasse” dont les bâtiments de granit rose dominent les profondeurs d’un lac. Nous partageons un déjeuner rapide avec les quatre chasseurs français nous ayant précédés sur la zone, puis après leur départ, nous prenons possession des lieux. Outre les luxueuses chambres, dans lesquelles nous déballons nos affaires, la Maison de la chasse nous réserve d’autres agréables surprises : piscine intérieure avec sauna et bania. Jacuzzi et table de massage. Salle de billard et tables de jeux. Somptueux bar, salle à manger spacieuse, salon de télévision et de lecture. À l’extérieur, les terrasses s’ouvrent sur un beau lac aux eaux grisées ponctuées par les ailes blanches des cygnes sauvages. Nous pourrions y pêcher à partir des pontons ou des barques. Au coeur de magnifiques pelouses aux bordures fleuries, pour nous occuper durant les longues heures de l’interchasse, il y a un tennis couvert, un terrain de basket et de hockey sur gazon, ainsi qu’un pas de balltrap...Lire la suite...