Culture

Crayons et Pinceaux Miguel Ángel Moraleda La Nature majuscule

Crayons et Pinceaux Miguel Ángel Moraleda La Nature majuscule
Miguel Angel Moraleda autoditacte, l'observation de la nature et des grans peintes sont ses maîtres © Collection Miguel Angel Moraleda

Une peinture classique et de très haute tenue, une connaissance intime de l’animal en son milieu, un style mêlant naturalisme et impressionnisme : cet Espagnol aux inspirations internationales ne se contente pas de représenter et de reproduire… Il donne vie.

Lorsque, pour réaliser ce portrait, j’ai demandé à Miguel Ángel Moraleda de m’indiquer son année de naissance, la réponse qu’il m’a donnée n’a pas manqué de m’intriguer : « Jacques Cousteau, m’a-t-il déclaré, avait coutume de dire en substance que le pire, dans la vie, c’est sa brièveté. Aussi, si j’évite de préciser mon âge, c’est parce que j’essaie d’évacuer de mon esprit – autant que faire se peut – la notion même du temps qui passe… » Il va de soi que ce propos ne doit rien à la “coquetterie” ou à je ne sais quel désir d’entretenir un quelconque “mystère” : en effet, Miguel Ángel Moraleda évoque volontiers son cheminement personnel et artistique lorsqu’on l’interroge – et il le fait, du reste, avec autant de générosité que de lucidité. Comment donc interpréter cette curieuse réserve de la part d’un homme qui, en outre, semble précisément dans la force de l’âge ?

 L’hypothèse la plus plausible, c’est au coeur de sa peinture qu’il faut à nos yeux la chercher – une peinture qui paraît volontairement faire fi du temps des horloges et de la frénésie dévastatrice de l’homme contemporain, au profit d’une durée infiniment plus profonde et saine : celle de la Nature… De fait, en invitant chacun de nous à contempler cette durée où animaux et végétaux se contentent d’être en leur milieu, l’oeuvre de Moraleda réussit le prodige de nous détacher de notre propre temporalité : comme on le dit de certains spiritueux qui ravissent à la fois l’esprit et les sens, elle est assurément… hors d’âge.

 « J’ai eu la chance de naître dans un village fabuleux situé aux confins de La Mancha et des Montes de Toledo, Consuegra. Dans cette commune, il y a notamment douze moulins à vent du XVIe siècle remarquablement conservés et de nombreux monuments historiques ; cependant, sans vouloir minimiser l’importance de ceux-ci, je dois préciser que j’ai toujours été plus réceptif aux beautés incroyables de la campagne alentour… J’y passe beaucoup de temps à observer la nature; cela me remplit littéralement… »

 Il faut dire que la faune est ici d’une abondance rare : dans La Mancha, on peut par exemple admirer la grande outarde et toutes sortes d’oiseaux typiques des steppes européennes – quand, dans les Monts de Tolède, on rencontre aigles royaux, lynx, mais aussi sangliers, cerfs et chevreuils à profusion… Évidemment, le contact de cet environnement privilégié suscita chez Miguel de précoces vocations. Très tôt, il sentit qu’il y avait là tout un monde de richesses inouïes à explorer – un monde pour l’amour duquel, estimait-il, on pouvait bien sacrifier de temps à autre quelques heures d’école : « Le paysage de La Mancha était tout pour moi. J’avais besoin de lui de façon irrésistible. Je me souviens m’être enfui plusieurs fois du collège pour rejoindre le fleuve et la campagne. Je ne supportais pas d’être enfermé dans une classe. Mon esprit et mon regard étaient ailleurs… Ce sentiment de liberté, ce pouvoir d’attraction de l’aventure – c’était beaucoup plus excitant que de rester assis à apprendre les tables de multiplication ! Je le savais d’instinct – et les punitions qu’on pouvait m’infliger n’y changeaient rien… »