Culture

Crayons et pinceaux Stéphane Alsac Une photographie de l'émotion

Crayons et pinceaux Stéphane Alsac Une photographie de l'émotion
© "High and Mighty" de Stéphane Alsac. Eléphant d'un réalisme à couper le souffle © Collection Stéphane Alsac

Artiste peintre, Stéphane Alsac a choisi le chemin de l'hyperréalisme pour donner à voir la beauté de l'animal et du monde sauvage. Portrait d'un virtuose de la technique qui ne vise jamais rien d'autre... que l'émotion.

 En matière d’esthétique, il est des sujets éternels. Imperméables aux caprices de la mode et aux aspirations souvent volages du dieu Progrès, ils traversent les époques avec constance, semblant toujours promettre, à ceux qui s’en inspirent, de nouvelles voies vers la beauté, de nouvelles perspectives de création. Inépuisables et fascinants, ils réinscrivent l’homme dans sa réalité profonde – une réalité à la fois sensuelle, charnelle et immédiate. Ainsi en est-il de la vie sauvage ; ainsi en est-il de la chasse – sujets de chair, de sang et de corps, s’il en est… Notre modernité, si prompte à discourir lorsqu’elle veut combler le vide sidéral de certaines de ses productions “artistiques” (subventionnées, le plus souvent !) n’est pourtant pas parvenue, et c’est heureux, à bâillonner ce mystérieux appel des origines qui agit encore, sur nombre d’artistes contemporains, comme un aiguillon bienfaisant. Parmi ceux-ci, un peintre de talent mérite tout particulièrement d’être mentionné, tant ses oeuvres invitent à l’amour et au respect de la vraie sauvagerie : il s’agit de Stéphane Alsac. De fait, si vous avez coutume de fréquenter les principaux événements organisés en France en l’honneur de la chasse, nul doute que vos yeux ne se soient déjà arrêtés sur tel ou tel de ses tableaux. Comment, en effet, ne pas admirer la maestria technique dont il fait preuve, lorsqu’il se propose de représenter fauves, chiens, buffles ou encore sangliers – tous exécutés à l’aune d’un réalisme stupéfiant ? En vérité, on s’y croirait… et l’on se dit en contemplant ses oeuvres que, certainement, la rétine et l’âme doivent entretenir chez nous des rapports très intimes.

 Né à Nantes en 1976, ce père de famille (il a quatre enfants) avoue avoir effectué une scolarité somme toute « moyenne » – excepté dans le domaine des arts plastiques. À l’instar de bien d’autres créateurs en herbe, il se souvient d’avoir toujours éprouvé le besoin de croquer les êtres et les choses de son entourage, séduit d’instinct par les formes, les couleurs – et désireux de les reproduire sur le papier. « Mon frère et moi avons très tôt partagé cette passion, confie-t-il. On y consacrait tout notre temps ; c’était comme jouer pour les autres enfants : c’était notre jeu… » D’abord attiré par la bande dessinée, il s’est très vite tourné vers le portrait humain et son expression la plus quintessenciée : la caricature. « J’ai beaucoup appris d’elle : ce fut mon premier amour ! La caricature – même si cela peut sembler paradoxal – oblige à une compréhension très pointue de la cohérence physiologique en général. Accentuer tel trait – nez, bouche, oreille… – suppose de connaître parfaitement ses proportions véritables, et de maîtriser par ailleurs sa représentation réaliste. La caricature ne défigure pas : elle déforme, simplifie ou souligne de manière outrancière certaines particularités pour les rendre d’autant plus saillantes ; en fait, elle joue sur les signes les plus visibles de l’identité individuelle pour en révéler la vérité… Une vérité qui, chez moi, passe en premier lieu par le regard : je commence systématiquement par ce dernier. Il doit être juste ; c’est la condition sine qua non de tout le reste… » Curieusement, ce peintre rompu aux subtilités de la technique n’a reçu aucune formation artistique. Mieux : son bac scientifique en poche, c’est vers des études… de commerce et de marketing qu’il s’est d’emblée orienté. Aujourd’hui encore, il travaille dans ce secteur à Bordeaux, où il vit, et où se trouve son atelier. « Naturellement, deux métiers, cela représente beaucoup de travail… Mais c’est un choix que j’assume pleinement, car j’ai toujours souhaité être indépendant pour avoir les moyens de faire ce qui me plaît. »

Autodidacte, c’est donc en solitaire qu’il s’est progressivement initié aux secrets de la mine de plomb, de l’aquarelle et de l’huile – ses médiums d’expression privilégiés. « J’ai appris seul, mais aussi dans les livres et surtout en observant les autres. La curiosité, dans ce domaine, est une nécessité absolue ! Et puis, quand on passe sa vie à peindre, on finit immanquablement par s’améliorer… Encore une fois, c’est la passion qui est mon véritable moteur. » À cet égard, la photographie – qu’il pratique également, comme en témoigne sa série en noir et blanc intitulée Wild Beauty – lui a été dès le départ d’un grand secours : « C’est un auxiliaire précieux, explique-t-il, parce qu’il contraint à l’exactitude et invite à la véracité  – sans pour autant étouffer ni l’imagination ni l’émotion. C’est un guide qui continue de m’inspirer… » Du reste, la perfection de certaines de ses huiles s’en ressent profondément : bien souvent, en effet, on a l’impression qu’en exploitant à l’extrême les potentialités de la peinture, l’artiste parvient à faire de celle-ci une sérieuse rivale de la photographie… L’hyperréalisme de ses oeuvres est même si troublant qu’un instant de réflexion est parfois nécessaire : s’agit-il d’une photographie, d’une peinture ? Là est au fond tout le talent de cet illusionniste minutieux, qui ne cesse, paradoxalement, d’aspirer au plus haut degré de la représentation objective.

 Issu d’une famille de cynégètes, ce “petit beurre nantais” a beaucoup pratiqué la chasse à tir, dont il était féru – vouant également au spectacle de la vénerie une admiration sans bornes : « Qu’y a-t-il de plus beau qu’une meute de chiens courants ? » Cependant, depuis quelques années, il a raccroché fusil et carabine – par manque de temps, d’une part, mais aussi parce que « la fièvre de la chasse » ne brûlait plus ses veines comme jadis. « Je n’éprouvais plus cet impérieux désir qui étreint le nemrod à tout moment et jusque dans son sommeil. C’est pourquoi j’ai préféré arrêter. » ...Lire la suite...