Sur le terrain

Du côté des chiens... Pour qu'ils restent sportifs...

Du côté des chiens... Pour qu'ils restent sportifs...
Ce setter anglais est dans son poids de forme : muscles saillants, creux des reins bien marqués mais ses côtes demeurent invisibles © Julien Domingo

Qu’ils soient bécassiers, fins limiers lancés sur la voie du sanglier, du cerf ou encore chiens de terrier, nos auxiliaires sont des sportifs accomplis. Comme tous les sportifs, ils ont donc un “poids de forme”, c’est-à-dire une corpulence idéale en période d’activité.

 

Le poids et le rythme cardiaque, telles sont les deux constantes physiques qu’un vétérinaire examine invariablement et en premier lieu lorsqu’il reçoit un chien en consultation. Et il y a une bonne raison à cela : le niveau d’embonpoint d’un animal demeure l’un des plus fiables indicateurs de son état de santé et de forme physique. Le poids de forme d’un animal est celui grâce auquel il peut donner le meilleur de lui-même dans l’action, sans souffrir ni se fatiguer. Énoncé de la sorte, cela semble extrêmement simple, mais la réalité est plus complexe qu’il n’y paraît car il s’agit de parvenir à un équilibre pondéral subtil, puis de le conserver sur le long terme, en naviguant entre deux écueils : le surpoids, avec son lot de risques cardiaques et articulaires, et la maigreur, encore plus dangereuse quand elle s’accentue trop fortement (fatigue, perte d’énergie, manque d’allant…). Sachant en outre que cet équilibre n’est pas figé dans le temps, il dépend du niveau d’activité de l’animal, de son âge et de bien d’autres paramètres encore, à commencer bien sûr par la race du chien.

 

 Selon les races en effet, les chiens de chasse ne suivent pas du tout les mêmes tendances et ne courent pas les mêmes risques. Le propriétaire d’un labrador devra souvent lutter contre l’embonpoint et surveiller la prise de masse graisseuse. A contrario, ceux qui possèdent des setters ou des pointers rencontreront plutôt des difficultés pour maintenir leurs auxiliaires en poids, et rester vigilants à la saillance des os (côtes, os du bassin….), surtout au coeur de la saison de chasse, quand les sorties s’intensifient et que le froid brûle les calories à vitesse accélérée. Mais dans tous les cas et pour toutes les races, l’embonpoint et la maigreur dégradent fortement et rapidement les performances physiques de nos chiens.

 

 Jean-Marie Pilar, qui fut président du Club du setter anglais durant trente ans, mais également sportif de haut niveau dans sa jeunesse, puisqu’il obtint le titre de vice-champion de France de saut à la perche, est particulièrement attentif à l’aspect pondéral des chiens de chasse et de sport : « au cours de ma carrière de compétiteur, se rappelle-t-il, j’avais remarqué qu’à cinq cents grammes près, je ne sautais pas du tout pareil. Quand on recherche la performance à haut niveau, le diable se niche dans les détails, ça se joue à rien. C’est valable aussi pour les chiens ».

 

 Commençons par les chiens sensibles à l’embonpoint, c’est-à-dire quasiment tous les sujets qui ont dépassé l’âge de 5-6 ans. En période de chasse, si vous réalisez deux à trois sorties par semaine, le poids de forme se maintient facilement. Mais c’est en été, période de repos ou d’activité réduite, que bien souvent nos auxiliaires prennent du poids. Or, l’ouverture approchant, le surpoids peut devenir un facteur de risque important, d’autant que le début de saison est souvent marqué par un paramètre aggravant, la chaleur. Faire l’ouverture en septembre, par 30 °C, avec un chien qui se situe juste deux ou trois kilos au-dessus de son poids de forme, c’est mettre ce dernier en danger, un danger que les chasseurs sous-estiment très souvent. Souffle court, syncopes, déshydratation, arrêts cardiaques, crises d’épilepsie font partie des risques encourus. Pour éviter ces problèmes, le premier réflexe à avoir est de peser régulièrement son chien, et pas seulement une fois dans l’année lors de la visite vaccinale chez le vétérinaire.

 

 À quelques dizaines de grammes près, vous devez connaître le poids normal de votre chien, (ainsi que son poids de forme en saison de chasse, souvent un peu inférieur) comme vous connaissez le vôtre. Outre le poids précis comme donnée chiffrée, il existe des indicateurs visuels à surveiller. Les côtes ne doivent pas être trop visibles, mais rester facilement perceptibles à la palpation. Un chien en forme doit se lever facilement de sa couche, être enjoué, toujours d’accord pour une sortie. Du moins tant qu’il est jeune. L’âge auquel ces signaux faiblissent dépend évidemment des races. Plus les races sont grandes, plus les sujets vieillissent vite. Mais justement, plus un chien prend de l’âge, plus le surpoids est dangereux pour sa santé et devient difficilement réversible. D’où la nécessité de pesées régulières.

 

 Vous devez connaître précisément son poids de forme, disions-nous, même s’il varie naturellement au cours de la saison. Prenons le cas – vécu – d’un setter anglais issu d’une lignée de field-trial, âgé d’un peu moins de 2 ans, bien charpenté et accusant 23 kilos à sa première pesée chez le vétérinaire, au début du mois de juin. Issu d’une vie au chenil dans un élevage, mais reçu comme une star dans une maison cossue où il recevra beaucoup d’amour et de croquettes, l’animal va bien profiter de ce traitement, à telle enseigne que trois mois plus tard, la veille de l’ouverture, il pèse déjà 26 kilos, soit trois de plus qu’à son arrivée. Les côtes, qui étaient bien visibles, comme souvent sur les jeunes sujets, ont disparu. Eu égard à l’âge du chien, dont la croissance n’est pas totalement terminée, il est normal qu’il s’épaississe un peu et cette prise de masse n’est pas forcément problématique, sous réserve que la période estivale ait été rythmée par des sorties fréquentes et notamment un entraînement particulier dans les jours précédant l’ouverture.