Histoire

Georges Pompidou Chef d'Etat et homme de chasse

Georges Pompidou Chef d'Etat et homme de chasse
Georges Pompidou visitant l'usine de François Sommer à Mouzon, chez qui il a chassé © Fondation François Sommer pour la chasse et la nature

Brillant normalie, homme d'État, l’Auvergnat de Montboudif a aimé la chasse jusqu'à son dernier souffle. C’est lui qui réorganisa les chasses présidentielles et celles de Chambord.

Georges Pompidou, c’est d’abord une gueule, un profil bourbonien sur un visage de paysan matois des monts d’Auvergne. Une gueule qui incarne le sommet de l’État après une fulgurante carrière universitaire et politique. Issu de la France rurale mais né dans une famille d’instituteurs, il est un exemple éclatant de la méritocratie républicaine. De prime abord, la chasse n’est pas le premier sujet qui vient à l’esprit quand on songe à Pompidou. Pourtant ce serait se fourvoyer que de négliger cet aspect : lui le brillant normalien l’a aimée jusqu’à son dernier souffle, pour son plaisir personnel et parce que c’était une prestigieuse manière de représenter la France.

 Le premier dérivatif à ses activités quand il accéda à de hautes fonctions fut d’honorer avec assiduité les invitations aux chasses de la haute société. Arrivé aux responsabilités des affaires publiques, il s’intéressa personnellement à la réorganisation et au développement des grandes chasses présidentielles, notamment celles de Chambord. Les historiens qui s’étendent parfois sur son amour de la nature et sur sa compréhension et sa connaissance du monde rural sont, en revanche, muets sur l’origine du penchant cynégétique du président auvergnat. Il aurait, dit-on, été initié sur le tard, par ses amis. Le grand air, l’exercice du tir ainsi que l’ambiance, la simplicité et la convivialité, l’auraient séduit aussitôt. Peut-on cependant résumer son empathie manifeste pour la chasse au simple divertissement de banquier ou de chef d’entreprise, considérant la chasse comme le dernier salon où l’on peut traiter les affaires dans la discrétion ? Les apparences sont trompeuses. Son action en faveur de Chambord reflète plutôt une passion originelle née du côté des plateaux de la Haute Auvergne et les souriants environs de la petite ville d’Albi où il passa sa jeunesse… [...]

 Son fils, Alain Pompidou, témoigne qu’il mettait un point d’honneur à ne pas tirer les faisans ou les perdreaux de trop près pour éviter qu’ils n’éclatent comme des oreillers. Il témoigne aussi que, dès 1955, son père passait de nombreuses fins de semaine à la chasse quand celle-ci était ouverte. Pour lui, dit-il « c’était, plus une occasion de s’aérer et de se détendre, que de nouer des relations professionnelles qui pourtant représentaient son activité quotidienne ». Il appréciait aussi les passées au canard où il amenait son labrador avec lui. En mai 1958, les événements d’Algérie précipitent le retour au pouvoir du général de Gaulle. Georges Pompidou honore sa promesse pour quelques mois. Ni baron gaulliste, ni héros de la Résistance, il n’est pas sûr de consacrer sa vie à l’État. Il n’accepte de quitter Rothschild que pour succéder, en 1962, à Michel Debré au poste de premier ministre. Georges Pompidou, qui est connu du Tout-Paris mais ignoré du grand public, passe alors de l’ombre à la lumière… avec des inconvénients majeurs. Le 22 août, le général de Gaulle échappe à la mort au Petit-Clamart. Exactement un mois après, alors qu’il passe le week-end à Orvillers dans les Yvelines avec sa femme dans sa maison de campagne, son premier ministre est attendu à la sortie de la messe par des tueurs. S’il leur échappe, c’est parce que, de bonne heure, il était allé à la chasse, inopinément, chez son ami Jean Prouvost (1885-1978), industriel français, fondateur entre autres de Paris Match et de Marie-Claire...Lire la suite...