Reportage

Lagopèdes en Laponie

Lagopèdes en Laponie
Lagopèle des saules en été. Son plumage blanchit à l'approche de l'hiver © Blickwinkel/Alamy Stock Photo

 Au nord de la Suède, les montagnes lapones offrent des paysages grandioses appréciés des amoureux de la nature. Parmi la diversité des galliformes qu’abritent ces latitudes, les lagopèdes procurent d’authentiques joies cynégétiques…

 LA-PO-NIE. Voilà trois syllabes qui résonnent à l’oreille du chasseur comme la promesse de chasses mémorables. Située à cheval entre Norvège, Suède, Finlande et Russie, cette vaste région septentrionale offre aux nemrods hexagonaux deux richesses qu’il est désormais bien rare de réunir chez nous : de grands espaces vierges et du petit gibier sédentaire sauvage et diversifié. Un rêve pour les amateurs de chasse aux chiens d’arrêt, qui peuvent y rencontrer une belle variété de tétraonidés parmi lesquels figurent le grand tétras, le tétras-lyre, les lagopèdes et l’insaisissable gélinotte des bois.

 Les lagopèdes, populairement appelés “perdrix blanches” sont précisément l’objet de cette partie de chasse suédoise organisée par Magic Lapland, en ce tout début de saison, dont le coup d’envoi est sifflé le 25 août, l’équivalent scandinave du Glorious Twelfth écossais. À cette époque de l’année, les lagopèdes sont encore en livrée d’été, et ne se pareront d’un plumage blanc immaculé qu’avec l’arrivée du froid et de la neige. Deux espèces se partagent les immensités de la taïga et de la toundra. Le lagopède des saules, que l’on retrouve en milieu forestier comme en milieu ouvert, aux jolis reflets bruns, roux et or, mais également le plus discret et plus petit lagopède alpin, tout en nuances de gris, inconditionnel des hauteurs et adeptes d’une végétation rase parsemée de rocaille.

 Deux joyaux cynégétiques qui méritent à eux seuls le déplacement et, malgré leur exotisme nordique, renvoient aux charmes de certains gibiers de nos contrées. De nos perdrix, ils ont la rondeur gourmande et la propension à se tenir en compagnie parfois nombreuse, qui éclate dans un déluge de battement d’ailes autour de l’heureux chasseur les ayant bloqués. De la bécasse, dont ils sont biologiquement fort éloignés, ils ont pourtant la sauvagerie, le fumet irrésistible au nez des chiens et la chaire noire et savoureuse. Autant de richesses réunies dans un bel oiseau auquel il nous tarde de goûter.

 Arrivés tard dans la soirée, nous sommes conduits à la rame sur une longue barque, dans une nuit d’encre, jusqu’à son petit chalet de bord de lac par Emil, notre guide. Nous sommes dans la région de Vilhelmina, au sud de la Laponie suédoise, à quelque quatre cents kilomètres à l’intérieur des terres de la ville d’Umeå, où se trouve l’aéroport régional. Malgré l’obscurité, les montagnes toutes proches et la forêt profonde se laissent deviner. Aucun bruit de moteur, même pas celui lointain d’un long courrier ne vient troubler la quiétude du moment, ni aucune lumière parasite d’ailleurs… Seuls résonnent en fond d’ambiance le doux murmure du vent dans les résineux, le frétillement des feuilles de bouleaux, le rire un peu hystérique d’une chouette épervière, et seule brille la pâle lumière des astres. Sur son rocher, adossé à la forêt, le chalet en bois d’Emil, qui tient même davantage de la grande cabane, semble tout droit sorti d’un conte nordique. Sa simplicité rustique, qui ne sacrifie rien au confort, est une formidable illustration du savoir-vivre scandinave et témoigne de l’impérieuse nécessité d’être bien chez soi lorsque s’abat le long et rigoureux hiver. Le petit poêle à bois ne tarde pas à diffuser une agréable chaleur, qui, en plus de nous réchauffer, finit de chambrer les bouteilles de vin français parvenus jusqu’ici dans nos bagages. Histoire de nous mettre dans le bain, Emil fait sauter dans du beurre les suprêmes de lagopèdes chassés l’avant-veille par Jean-Louis, arrivé quelques jours plus tôt et avec qui nous chasserons demain. Liés d’une sauce au fond de veau, agrémentés d’une purée de pomme de terre au fromage, l’incontournable aneth et une confiture d’airelles, ils sont unanimement appréciés et cela tombe bien, car la recette, un classique tout à fait au goût de nos hôtes, sera déclinée à toutes les venaisons, sur la durée du séjour. Malgré une ambiance chaleureuse, la soirée est courte car demain la journée sera longue ! [...] Lire la suite