Sur le terrain

Les 150 ans de Winchester La chevauchée fantastique

Les 150 ans de Winchester La chevauchée fantastique
Oliver Winchester, ingénieux homme d'affaires se lance dans les affaires avec la fabrication de chemises ! © Browning International

Il y a 150 ans, un fabricant de chemises américain se lança dans la conception et le commerce d’armes à répétition. L’homme avait foi en l’avenir de celles-ci : il fait aujourd’hui figure de visionnaire… Retour sur les premières décennies de Winchester – nom illustre de l’histoire armurière, s’il en est.

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À l’instar de Colt, Winchester recèle en effet un pouvoir d’évocation hors du commun. Assurément, la marque ne s’y trompa pas lorsque, dans les années 1930, elle décida d’adopter comme logo la désormais célèbre peinture de Philip R. Goodwin, exécutée en 1919. Nanti d’un revolver à la taille, d’une carabine à répétition posée au creux de son bras gauche et d’un lasso qui semble sur le point d’être lancé, ce cow-boy saisi sur le vif au grand galop concentre à lui seul toute la puissance symbolique de la mythologie nord-américaine héritée du XIXe siècle. Autour du cavalier et de sa monture, on devinerait presque les immensités du Far West peuplées de Sioux, d’Apaches et de Cheyennes, les troupeaux de bisons parcourant les plaines par milliers, les pionniers répondant à l’appel de la Liberté et du Nouveau Monde, la culture du saloon et celle du self-made man en plein essor, les sirènes hurlantes de la Ruée vers l’or mais aussi celles des gangs Dalton ou Doolin, par exemple, outlaws notoires qui donnèrent dans le hold-up, l’attaque de diligences voire le meurtre – et que les shérifs et marshals poursuivirent sans relâche, arme au poing… Naturellement, cette brève extrapolation du fameux logo signé Goodwin doit beaucoup au cinéma qui ne manqua pas, quelquefois, de sombrer dans le cliché en forçant allègrement le trait; cependant, quoi de mieux pour se faire une idée du contexte historique au sein duquel un certain monsieur Winchester fonda, il y a 150 ans, un empire industriel qui pesait à sa mort quelque 3 millions de dollars de l’époque ?

 Né à Boston le 30 novembre 1810, Oliver Fischer Winchester était (avec son frère jumeau) le cadet d’une famille de quinze enfants issus du même père, Samuel Winchester. Marié à trois reprises, celui-ci descendait en ligne directe d’un colon anglais venu s’installer au début du XVIIe siècle dans la capitale du Massachusetts. Selon toute vraisemblance, Samuel travaillait dans le domaine agricole : lorsqu’il mourut – laissant à sa femme le soin d’élever, avec de modestes ressources, une progéniture nombreuse – , son fils Oliver n’avait qu’un an. Très jeune, le garçon fut donc employé dans une ferme, puis, à l’âge de 14 ans, placé en apprentissage chez un charpentier d’où il sortit six années plus tard… maître maçon. En 1830, Oliver quitta Boston pour Baltimore : il y fut durant trois ans entrepreneur en maçonnerie – avant de changer radicalement de voie : c’est en effet à cette époque qu’il se lança dans le commerce des produits textile pour homme, activité qui lui permit d’exploiter ses excellentes dispositions en matière de négoce.

 En 1834, il épousa Jane Ellen Hope, laquelle lui donna trois enfants – deux filles et un garçon, William Wirt. Mais c’est en 1848 que cet homme déjà sûr de son talent réussit son premier coup de maître dans les affaires : ayant constaté que l’encolure des chemises qu’il vendait présentait un défaut de conception qui rendait leur port pour le moins désagréable, il repensa intégralement la confection de ce vêtement et inventa un système de couture plus adapté. Brevetée, cette idée l’incita à créer sa propre manufacture de chemises : associé à Davies, grand nom new-yorkais de ce type de commerce à l’époque, Winchester s’installa à New Haven et se mit à la tâche. Bientôt, le succès fut au rendez-vous : l’usine employa jusqu’à huit cents ouvriers, auxquels il convient d’ajouter environ cinq mille personnes travaillant à domicile au montage définitif du produit. En outre, l’année 1852 fut celle de l’innovation : Winchester découvrit à ce moment-là la machine à coudre – procédé révolutionnaire dont il acheta les droits pour le comté de New Haven auprès de la société Wheeler & Wilson qui avait pris l’initiative de lui présenter l’engin. Résultat ? Winchester et Davies agrandirent leur fabrique et accrurent encore le nombre de leurs salariés.

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En 1855, il avait acquis 80 actions au sein de la Volcanic Repeating Arms Company, une société créée la même année et destinée, principalement, à commercialiser une arme de poing d’un genre assez nouveau : le pistolet Volcanic. Fruit des efforts conjugués de trois personnages centraux de l’histoire armurière – Benjamin Tyler Henry, Daniel Baird Wesson et Horace Smith – , ce pistolet à répétition d’une capacité de huit à dix coups présentait, élément notable, un magasin tubulaire et un levier de sous-garde proches, dans leur principe, de ceux des futures carabines Winchester. Hélas pour ses concepteurs, le Volcanic n’eut pas le succès escompté – en raison, surtout, du type de munitions qui lui était associé, une balle fulminante aux propriétés balistiques déplorables et à la puissance insuffisante. Conséquence : incapable de rembourser ses créanciers, la société fut mise en faillite le 18 février 1857… Une aubaine pour Winchester – qui subodorait déjà que l’arme à répétition représenterait sous peu un enjeu d’avenir : bien décidé à en faire la preuve, il reprit donc la Volcanic Company alors en déshérence et fonda, le 3 avril, la New Haven Arms Company dont il devint le principal actionnaire (quoique non majoritaire) et le président-trésorier. Smith et Wesson s’étant retirés de l’affaire, B. T. Henry assura dès lors la direction de la fabrication, non comme associé mais simple salarié...Lire la suite...