Sur le terrain

Les chiens La règle d’or des déclics

Les chiens La règle d’or des déclics
La relation de confiance entre le chien et son maître favorise l'acquisition des apprentissages © MediaWorldImages / Alamy Stock Photo

Il y a des moments clés, des passages obligatoires et des étapes cruciales dans la vie d’un chien de chasse, surtout dans sa prime jeunesse. Ces phases feront de lui un chien précoce ou tardif, talentueux ou à peine moyen. Quels sont ces déclics qui changent tout ?

Avez-vous remarqué comme certaines capacités, chez le chien, arrivent soudainement après une longue phase d’apprentissage infructueuse en apparence ? Premier arrêt, compréhension soudaine du “patron”, première arrivée sur l’animal mort… autant de bonnes surprises pour le chasseur, qui se produisent souvent de façon brutale et inattendue, par déclics.

 Novembre 2010, nous accompagnons un chasseur et son auxiliaire d’un an et demi sur le causse du Larzac, à la bécasse. Les oiseaux sont bien arrivés et les deux chiens expérimentés qui chassent avec nous les trouvent, les uns après les autres. À chaque arrêt, nous prenons notre temps, appelons le jeune setter, l’emmenons à proximité des autres chiens, espérant qu’il détecte une émanation, sans aucun succès. Vers quatre heures du soir, la journée touche à sa fin et mon ami se désespère car son jeune sujet, mis en présence de bécasses à cinq reprises, qui furent toutes levées et dont deux furent tuées, n’a toujours pas l’air de s’intéresser à ce qu’il se passe. Il se promène entre les arrêts avec une nonchalance, à se demander s’il ne serait pas un brin court de nez.

 Le lendemain, nous nous rendons à un lâcher de faisans de tir organisé par la société de chasse locale. Au bout de cinq minutes, le setter se met à l’arrêt sur une poule faisane, qui se laisse docilement coincer au milieu des buis. Arrêt de plomb. La faisane finit par se lever, et nous la tirons. Quelques minutes après, au terme de la même scène, seconde poule au tapis. Puis une troisième et nous rentrons à la maison. Mon ami est content, c’est la première fois qu’il voit son chien à l’arrêt sur autre chose qu’une boîte d’envol garnie d’un pigeon. Dans la semaine qui va suivre, le jeune setter va arrêter fermement trois bécasses. Au mois de janvier, je revois le chien, il est transfiguré. Chassant, arrêtant et rapportant les bécasses avec l’assurance et l’autorité d’un vieux grognard bien créancé. On jurerait qu’il a fait ça toute sa vie. En quelques minutes, ces trois poules dociles ont permis au chien de comprendre ce que l’on attendait de lui, y compris à la bécasse. Des histoires comme celle-là, vous en entendrez aussi narrées par les chasseurs aux chiens courants. De jeunes sujets, par exemple, qui se contentent de suivre la meute pendant des semaines, souvent avec un peu de retard et qui, un jour, arrivent jusqu’au sanglier mort. Dans les semaines qui suivent, le chiot change de rang et se met à monter vers la tête du groupe, en poussant force coups de voix. Il s’est déclaré. Cela s’est joué sur une seule journée, un seul événement. C’est ce que nous appellerons un déclic.

 “Je ne le sais pas mais je l’ai toujours su”, c’est ainsi que les psychologues définissent les contenus inconscients du cerveau humain. En fait, quand un déclic se produit, quelque chose se réveille chez le chien qu’il avait déjà en lui, d’où l’aspect soudain de la chose...Lire la suite...