Reportage

Les perles de la Voïvodine

Les perles de la Voïvodine
Les brocarts de Serbie sont d'une taille bien supérieure à celles des brocards de France © Guillaume Beau de Loménie

Enchâssée entre la Roumanie, la Hongrie et la Croatie, la Voïvodine, en Serbie, est le nouveau paradis des amateurs de chasse aux brocards. Démonstration.

En cette fin de matinée d’avril, en dépit du cadre qui ne s’y prête guère, flotte dans l’air au sortir de l’aéroport de Belgrade ce subtil et délicat mélange de renouveau et de lascivité qui accompagne le retour du printemps. Nous y sommes d’autant plus sensible que nous avons laissé il y a un peu plus de 24 heures notre Wyoming d’adoption, cible des assauts tardifs mais déterminés de l’hiver dans Les Rocheuses et celle de chutes de neige qui nous ont fait craindre un moment pour la ponctualité de notre vol vers la vieille Europe.

 Le petit groupe de chasseurs auquel nous nous sommes joint à Paris et qu’emmène Jérôme Latrive qui préside aux destinées de l’agence GP Voyages, organisatrice du nôtre, est composé de chasseurs nordistes et champenois dont l’humeur joyeuse est à l’unisson de la légèreté printanière qui accompagne nos premiers pas sur le sol serbe. Après avoir fait la connaissance de Wladimir, guide de chasse et partenaire de Jérôme, nous embarquons dans les véhicules mis à notre disposition. Destination, la Voïvodine, première des régions de chasse que notre périple aux brocards (Capreolus capreolus capreolus) de Serbie va nous amener à découvrir au cours des prochains jours. [...]

 L’apparition du Danube et de son confluent, la Save, qui se rejoignent au coeur de la ville rend à Wladimir un sourire et une bonhomie dont il ne se départira plus jamais. Celui-ci est bientôt tout à la description du charme des bateaux restaurants et dancing, dont la berge des deux rivières est festonnée. Nous comprenons qu’aux yeux de notre ami, cette version serbe et moderne des guinguettes de notre Marne nationale n’a rien à envier à ses célèbres, mais hélas défuntes, devancières. Nous atteignons enfin les faubourgs de la ville, et ceux-ci font place à leur tour à la campagne. Nous sommes tout de suite frappés par l’étendue et la platitude des territoires qui s’étirent de part et d’autre de la route qui nous emmène vers le nord. [...]

 Nous nous retrouvons pour un premier dîner au cours duquel nous découvrons la cuisine serbe où se côtoient des plats de viandes diverses qu’accompagnent courgettes et poivrons farcis, tomates en purée et autres mets proches de certaines cuisines méditerranéennes, turque en particulier, et dont on peut imaginer qu’elle est le meilleur souvenir laissé par la domination de l’empire ottoman dont la célèbre bataille du Champ des Merles, en 1389, fut l’un des plus sanglants épisodes.

 Le lendemain au petit jour, nous sommes à nouveau réunis pour cette première journée de chasse qui est aussi, le 15 avril, celle de l’ouverture au brocard. Nous prenons place par équipe de deux ou trois dans les incontournables 4x4 Lada. Survivances d’un communisme révolu, les increvables engins restent à la chasse dans les pays de l’Est et bien au-delà, jusqu’au plus reculé de la Sibérie ou du Kamtchatka en passant par l’Asie centrale et la Mongolie, ce que les Land-Cruiser ou autres Land Rover sont aux safaris africains. [...]

 Nous quittons l’étroite route pour un chemin de terre cabossé qui s’enfonce entre les labours et où la Lada fait merveille. Enfin dans le lointain, les premiers chevreuils font leur apparition! Un, puis deux, puis trois, et bientôt un groupe d’une dizaine des graciles cervidés que notre approche ne semble pas émouvoir outre mesure. Il est vrai que nous sommes encore à plus de trois cents mètres de la bande et la distance semble leur conférer une assurance que Jérôme, gaillard, se propose de rabattre séance tenante. Mais Wladimir, qui jumelle par la fenêtre ouverte de notre véhicule, douche nos espoirs d’un premier et matinal succès. Le deuxième groupe se révèle à nous à cinq cents mètres de là, au milieu d’un labour sur lequel un engin achève de creuser quelques derniers sillons. Déjà deux constats s’imposent à nous : les densités d’animaux semblent élevées et la période choisie par notre groupe de chasseurs accroît encore cette impression. Mais en dépit de ces densités, sur ces territoires redoutablement plats qui s’étirent à perte de vue et dont seules, nous l’avons dit, quelques haies rompent la monotonie, le tir des brocards de Serbie est sans doute loin d’être des plus faciles. En outre cette absence de végétation, si elle favorise grandement le repérage des animaux, favorise tout aussi grandement celui des chasseurs ! ...Lire la suite...