Reportage

Ours, cerfs.... Affûts dans la nuit croate

Ours, cerfs.... Affûts dans la nuit croate
Le cerf de Croatie est l'un des plus grand d'Europe © Colin Pickett / Alamy Stock Photo

Aux antipodes de l’approche et de la gestion hystérique des ours en France, la petite République de Croatie a mis en place un contrôle qui ménage la fibre écologique et la passion de la chasse et lui assure une des populations d’ours parmi les plus importantes d’Europe.

Une heure et demie d’une belle autoroute sépare Zagreb, la capitale de la République de Croatie, du village de Delnice. Aux plaines agricoles du début et que découpent de vastes massifs forestiers, succèdent à partir de Karlovac, à mi-parcours, un paysage de collines. Au fil des kilomètres, elles sont remplacées par de courtes montagnes qui annoncent les Alpes dinariques s’étirant du nord de la Slovénie jusqu’au sud de l’Albanie. De belles forêts de hêtres où se mêlent en cette mi-octobre des nuances de jaunes, de rouges et d’oranges sont remplacées, au gré de l’altitude, par de sombres forêts de résineux aux troncs couverts de mousse. Pour peu élevées qu’elles soient, ces montagnes n’en constituent pas moins une barrière fort efficace sur laquelle viennent crever d’épaisses nuées qui déversent alors sur le pays qu’elles recouvrent, et des heures durant comme nous ne tarderons pas à le découvrir, des trombes d’eau ininterrompues.

 Nous voyageons en compagnie de Jérôme Latrive de l’agence GP Voyages. Cette fois-ci encore, nous accompagnons une petite troupe de quelques-uns de ses fidèles clients qui vont s’essayer au cours des prochains jours à la chasse de l’ours brun (Ursus arctos) dont la petite République compte l’une des plus fortes concentrations d’Europe centrale et de l’Ouest. Dans cette région mitoyenne de la République de Slovénie, la circulation des animaux entre les deux anciennes entités de l’ex-Yougoslavie rend un peu plus aléatoire un décompte précis. La population des ours est estimée toutefois de 800 à plus de 1000 individus. Localisés souvent au plus près des zones d’habitat, les ours se voient imputer nombre de problèmes de cohabitation avec les populations humaines pourtant peu denses dans cette région de Croatie. Aussi les Eaux et Forêts croates ont-elles mis en place des programmes de gestion et de régulation des populations d’ursidés. Cette régulation passe, entre autres, par la chasse et les prélèvements assurés atteignent selon les années de 10 à 15 % de la population de plantigrades. Chasse de régulation et gestion des populations obligent, elles autorisent de fait le tir aussi bien des gros mâles que des femelles et également des jeunes animaux.

 Nous parvenons enfin au terme du voyage. Delnice est à l’image de bien des villages que nous avons croisés tout au long de notre route. Maisons blanches ou jaunes, d’un bloc, et aux toits pentus qui ne sont pas sans rappeler certains villages du Tyrol. Dans le jour qui décroît, les montagnes qui entourent la bourgade se découpent dans un subtil camaïeu de bleus, du plus foncé au plus clair et au fur et à mesure qu’elles disparaissent dans le lointain. Nous installons nos pénates dans une auberge de chasse, propriété des Eaux et Forêts. Les murs ornés de trophées où se mêlent cerfs, brocards, chamois, mouflons et ours rappellent la diversité de la faune de Croatie et la richesse de sa chasse. Dans le parc de l’hôtel, derrière de hautes clôtures grillagées, un élevage de daims coule quant à lui des jours paisibles. Nous nous joignions à nouveau à Jérôme qui accompagne le gros de ses chasseurs jusqu’à son lieu de résidence situé dans le village de Fuzine à moins de trente minutes de Delnice. La petite bourgade abrite un fort bel hôtel et un savoureux restaurant, lieux de rendez-vous de nombreux chasseurs locaux et étrangers. La chasse de l’ours en ces contrées se pratique au mirador. La mise en place du chasseur et de son guide croate s’effectue environ deux heures avant la tombée de la nuit, en toute fin d’après-midi. Ainsi n’est-il pas trop tard pour que les plus déterminés de nos compagnons de voyage ne décident de tenter leur chance dès ce premier jour, et nous choisissons quant à nous de nous joindre à l’un d’entre eux. Disséminés dans le pays, et les forêts alentour, les miradors se comptent par dizaines. Pour autant ils sont érigés dans des zones reculées et, en compagnie de notre chasseur et du guide des Eaux et Forêts qui nous emmène, nous roulons pendant près de quarante-cinq minutes avant de quitter la petite route qui serpente dans les montagnes pour un chemin de terre qui s’enfonce au coeur de la forêt. Une dizaine de minutes s’écoulent encore. Notre véhicule s’immobilise enfin au croisement de notre chemin et d’une piste plus petite...Lire la suite...