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Éternelle Écosse

Reportage et photos d’ Humbert Rambaud

L‘Écosse respire la chasse par sa sauvagerie, sa dureté et sa beauté.

Nous sommes allés le vérifier, près d’Inverness, capitale des Highlands et royaume des faisans,

des bécasses, des bécassines et des lièvres variables…

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wp1aa9bb9b.png Depuis longtemps, la nuit est tombée sur la Grande-Bretagne, une nuit noire, celle d’un mois de décembre, où tout n’est qu’ombres et fantômes selon le degré de lucidité du voyageur. Rien ne veut, ni peut nous éclairer. Les tentaculaires – et souvent lugubres – agglomérations industrielles que sont Birmingham, Liverpool et Manchester ne sont déjà plus qu’un lointain souvenir. Glasgow et ses fumées de l’ère victorienne n’ont été que quelques fugitifs instants, mais qui nous ont arraché quelques contentements. Glasgow est, en effet, davantage qu’un port monumental et le symbole du drame ouvrier, c’est un nom, une porte, celle qui s’ouvre sur l’Écosse. Pour les cynégètes du monde entier, cette vaillante terre est bien autre chose qu’une banale destination sur un prospectus de voyage, c’est un rêve dont on voudrait qu’il ne s’arrête jamais. Ceux qui ont eu la chance de la fouler n’en sont jamais sortis indemnes. Car que peut-on contre une passion viscérale, presque charnelle, tant ce pays respire la chasse par sa sauvagerie, sa dureté et sa beauté ?  >>Pour parcourir ces paysages des premiers mondes, qui n’endureraient pas quelques menues contrariétés, des chemins à peine carrossables et surtout les mille kilomètres qui nous séparent de Calais au sud d’Inverness, notre destination finale, carrefour, porte et capitale des Highlands ? Luc, le grand ordonnateur de notre périple, les yeux rivés sur le compteur de la voiture, nous arrache à nos songes de joueurs de cornemuses, et au fantôme décapité de Marie Stuart, en nous annonçant fièrement qu’il ne reste « que » quatre heures de route. Certains auraient pesté, vociféré contre cette route interminable peuplée de fantômes. Pas Luc, d’un calme imperturbable en toutes circonstances. Cette route, il en connaît presque chaque portion, chaque virage pour l’avoir faite et refaite en toutes saisons, avec la même joie indicible d’arpenter ce qu’il appelle religieusement – et discrètement – « son premier amour et sa deuxième patrie ». « Douze heures de voiture, ce n’est rien, dit-il avec une certaine provocation, sinon la facilité basculerait irrémédiablement dans la banalité. Souvenez-vous que du temps de la reine Victoria, il fallait quatre jours de diligence. L’Écosse mérite quelques efforts », reconnaît celui qui avoue ne pas pouvoir entrer dans le… XXe siècle. À n’en pas douter, il est servi au-delà de toutes ses espérances.Au fil des minutes, même dans cette nuit noire, les formes des moors se dessinent, les voitures se font rares sur l’A9, en direction de « the north », et encore plus quand nous bifurquons à gauche sur une route qui ne laisse passer qu’un seul véhicule. Nous laissons sur notre droite Culloden, lieu d’une célèbre bataille – où Charles Édouard Stuart fut vaincu par le duc de Cumberland – en direction de Fort Augustus. Au bout d’une vingtaine de kilomètres, et des centaines
de mètres de murs en pierre, Aberarder Estate est en vue, où nous attend Martin, le deuxième game keeper du domaine, qui vient nous ouvrir le cottage. Parfaitement luxueux, mais… glacial (nous comprendrons les jours suivants que le chauffage s’éteint avec une parfaite exactitude vers 20 heures pour se rallumer vers 5 heures !). La nuit sera courte, fraîche, entrecoupée de quelques rafales de vent, et d’un silence rassurant.Au lever du jour, le spectacle est tout bonnement grandiose. Les Highlands se dressent devant nous, telles qu’on les a toujours imaginées. Elles incarnent l’Écosse même, avec ces moors aux pentes vertigineuses recouvertes sur les sommets d’un linceul de neige, ses tourbières redoutables et ses vallées embrumées. Pas un bruit, pas une âme qui vive. Seuls au loin, des moutons obstruent une route étroite, et le brouillard recouvre les prairies. Le silence est enivrant. Quoi de plus normal quand on sait que les Highlands, un tiers des terres d’Écosse, concentrent péniblement un dixième de la population ! Juste derrière le cottage se trouve le lodge des propriétaires, richissimes armateurs écossais, tout de cette pierre grise, austère, sévère – qui n’est pas sans rappeler le même ton de certains calvaires bretons –, à l’architecture anguleuse, troubadour du meilleur effet, entouré de murs, également en pierre, parfaitement entretenus, tout comme les gazons d’un vert d’académie, où deux coqs faisans sont encore au gagnage. Pour les habitués de l’Écosse, une fois n’est pas coutume, le temps est splendide, le ciel est d’un bleu immaculé, il a gelé. Tout est en place pour du “good sport” comme disent les Britanniques, à commencer par le spectacle que va nous donner la véritable meute qu’a emmenée Luc de France, dans une remorque parfaitement aménagée. Pas moins de douze chiens ont fait le déplacement : 9 setters irlandais, 2 labradors et un golden retriever. Pour la grande majorité d’entre eux, l’Écosse est pour eux aussi leur seconde patrie au vu du nombre de séjours qu’ils y ont fait. Rien que cette saison, c’est, en effet, leur… troisième voyage !Cette fois, ce n’est pas le grouse qui les et wp4ac6bf44_0f.jpg qui nous attend – sa chasse vient juste de fermer –, mais ce que les Britanniques désignent sous le nom de mix shooting, bref, tout ce qui ne ressemble pas de près ou de loin au légendaire lagopède, c’est-à-dire les migrateurs – bécasses, bécassines, canards –, les faisans, les lièvres – communs dans les vallées et variables en altitude –, qui ont élu domicile dans toute la vallée.Pour cette première matinée, c’est Roger qui nous montrera le territoire, qu’il connaît dans les moindres recoins. «