piéter des centaines de mètres, en ne cessant de monter. Sans compter ces fossés, où Luc fera preuve d’une grande témérité au point d’y laisser une côte !Après une nuit réparatrice qui fait oublier les fatigues et le whisky de la veille, Roger propose de nous emmener sur le moor, pour faire arrêter quelques grouses aux chiens, et pouvoir tirer quelques lièvres variables, les « bleus » comme les appelait le comte de Chabot dans le récit qu’il a fait, voilà plus d’un siècle, de ses douze jours de chasse en Écosse. À bord des deux Land Rover, nous traversons la forestry, puis nous débouchons sur les contreforts des moors, par un chemin taillé dans la lande et dans la roche. Et Roger de nous expliquer qu’au début de sa carrière de game keeper, il n’y avait ni forêts, ni chemins. Aussi, pour aller tirer des grouses sur le moor, il partait à pied avec les chasseurs du cottage de la vallée pour une heure et demie de marche sur des pentes plutôt rudes.Sans conteste, elles sont sévères. Les Land Rover souffrent. Au fur et à mesure de la montée, on bascule dans un autre monde, celui d’une beauté nostalgique et fantomatique. Il ne manque plus qu’un aigle royal, qui hante souvent les lieux. En fait de fantômes, Roger, qui a pour la circonstance revêtu le tweed du domaine, nous désigne à flanc de collines des cerfs, puis une petite harde sur une crête. À Aberarder, 15 stags (“cerfs”) et 30 hinds (“biches”) sont tirés pendant la période du stalking. À leur propos, Roger nous racontera ses souvenirs guère heureux de game keeper où à 15 ans, il portait et dépeçait des cerfs en plein hiver avec des doigts gelés et rien pour se réchauffer.Contrairement à d’autres régions d’Écosse, les cerfs ne sont pas trop nombreux, limitant ainsi le surpâturage si néfaste pour les populations de grouses. Au bout d’une vingtaine de minutes d’une montée abrupte, nous sommes à pied d’œuvre. À presque 900 mètres d’altitude, l’air est glacial, la neige craque sous nos pas. Comparé à d’autres moors, celui-là est presque civilisé, on y marche à peu près normalement, hormis la présence de quelques trous d’eau. Le vent est terrible, pendant une demi-heure, les chiens ne rencontreront pas, sauf quelques lièvres variables. Nous ne rencontrons pas de parmitgams – lagopèdes des neiges –, le relief n’est pas assez montagneux. Les grouses sont pourtant là, car le territoire est bien géré, c’est-à-dire la bruyère brûlée régulièrement pour offrir aux jeunes oiseaux de quoi se nourrir (en moyenne, sauf pendant les années médiocres, 550 braces sont tirées).Sans surprise, nous trouverons tous les grouses sur le versant à l’abri du vent. Entre vingt et vingt-cinq oiseaux en une demi-heure, superbement bloqués par les chiens. En redescendant dans la vallée, dans un soleil radieux, avec, dans le lointain, le Loch Ness, nous garderons en mémoire un spectacle, celui de deux grouses volant à trois mètres de la Land Rover, où l’on distinguait à la perfection leurs plastrons noirs et le rouge de leurs yeux. En contrebas, des cerfs nous surveillaient… Fascinante Écosse.