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Éternelle Écosse

Reportage et photos d’ Humbert Rambaud

 

l’Écosse. Roger nous racontera d’ailleurs qu’il a connu, lorsqu’il était adolescent, cette forestry en moor qui abritait alors une très belle population de grouses.   >>Pour l’heure, nous devons affronter de la bruyère qui monte jusqu’aux genoux – car non entretenue –, et des trous d’une traîtrise absolue. Ici sur les hauteurs, il ne semble n’y avoir que des faisans. Dans ces sapins, beaucoup seront entendus et peu seront vus. Avec métier, le vieux setter Perdreau et la vieille setter Tarka parviendront à en arrêter quelques-uns, dont un magnifique coq qui laissera un nuage de plumes pour tout témoignage. Luc voulut en avoir le cœur net. Nous redescendons la colline, traversons la rivière et Luc envoie son labrador faire une recherche en aveugle dans la direction supposée qu’a prise le coq. Satin avance à 150 mètres, regarde Luc, qui le renvoie encore plus loin, à plus de 300 mètres. Nous voyons le chien pister, puis relever le coq qui, apparemment, n’était pas touché. Nous remontons de l’autre coté. La marche est éreintante dans cette bruyère ou ce tapis de fougères. Les faisans sont innombrables, mais toujours aussi intirables.Un peu dépités, nous entreprenons les berges de la rivière. Les miroirs de bécasses sont partout. Cette fois, c’est un paysage typiquement écossais. De part et d’autre de la berge, une terre spongieuse à souhait, une eau sombre, entourée d’arbres rabougris, en mal de croissance, où il est délicat de se frayer un passage. Pour l’occasion, Luc a découplé à nouveau Kelly et Badger. « Nous pourrons tirer une bécasse même si les chiens ne sont pas à l’arrêt, car ils ne connaissent pas ce gibier. Il faut leur en montrer », précise Luc. On reste admiratif par la qualité de dressage de ses chiens. À peine 15 mois, un parfait rappel à l’ordre, et sage à l’envol. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les bécasses sont légères : elles ont décidé de se tenir hors de portée de fusil. Elles piètent obstinément, plongeant d’un coup d’aile dans les profondeurs du bois. C’est au moment où le jarret se fait raide et que le jour commence à tomber que Badger tombe à l’arrêt… puis repart pour retomber en catalepsie. Elle se lève comme une ombre à peine entrevue pour basculer derrière wp93a3dbd5_0f.jpg un monticule. Elle sera inexplicablement manquée, et fait partie de ces maladresses humiliantes dont personne n’est à l’abri, qui viennent nous rappeler notre condition de simple mortel… Au moins, les chiens ont compris ce qu’ils cherchaient.La preuve, les jours suivants, elles feront merveille sur des bécasses pour le moins facétieuses comme cet oiseau qui s’amusera avec un chien, faisant des bons de dix mètres avant de repartir pour un long vol. Nous affronterons des contrées sauvages parsemées de rochers erratiques qui laissent apercevoir leurs masses grises à travers quelques touffes de bruyères et de pins calédoniens. Une chasse exigeante avec des oiseaux – faisans et bécasses – qui prennent un malin plaisir à
piéter des centaines de mètres, en ne cessant de monter. Sans compter ces fossés, où Luc fera preuve d’une grande témérité au point d’y laisser une côte !Après une nuit réparatrice qui fait oublier les fatigues et le whisky de la veille, Roger propose de nous emmener sur le moor, pour faire arrêter quelques grouses aux chiens, et pouvoir tirer quelques lièvres variables, les « bleus » comme les appelait le comte de Chabot dans le récit qu’il a fait, voilà plus d’un siècle, de ses douze jours de chasse en Écosse. À bord des deux Land Rover, nous traversons la forestry, puis nous débouchons sur les contreforts des moors, par un chemin taillé dans la lande et dans la roche. Et Roger de nous expliquer qu’au début de sa carrière de game keeper, il n’y avait ni forêts, ni chemins. Aussi, pour aller tirer des grouses sur le moor, il partait à pied avec les chasseurs du cottage de la vallée pour une heure et demie de marche sur des pentes plutôt rudes.Sans conteste, elles sont sévères. Les Land Rover souffrent. Au fur et à mesure de la montée, on bascule dans un autre monde, celui d’une beauté nostalgique et fantomatique. Il ne manque plus qu’un aigle royal, qui hante souvent les lieux. En fait de fantômes, Roger, qui a pour la circonstance revêtu le tweed du domaine, nous désigne à flanc de collines des cerfs, puis une petite harde sur une crête. À Aberarder, 15 stags (“cerfs”) et 30 hinds (“biches”) sont tirés pendant la période du stalking. À leur propos, Roger nous racontera ses souvenirs guère heureux de game keeper où à 15 ans, il portait et dépeçait des cerfs en plein hiver avec des doigts gelés et rien pour se réchauffer.Contrairement à d’autres régions d’Écosse, les cerfs ne sont pas trop nombreux, limitant ainsi le surpâturage si néfaste pour les populations de grouses. Au bout d’une vingtaine de minutes d’une montée abrupte, nous sommes à pied d’œuvre. À presque 900 mètres d’altitude, l’air est glacial, la neige craque sous nos pas. Comparé à d’autres moors, celui-là est presque civilisé, on y marche à peu près normalement, hormis la présence de quelques trous d’eau. Le vent est terrible, pendant une demi-heure, les chiens ne rencontreront pas, sauf quelques lièvres variables. Nous ne rencontrons pas de parmitgams – lagopèdes des neiges –, le relief n’est pas assez montagneux. Les grouses sont pourtant là, car le territoire est bien géré, c’est-à-dire la bruyère brûlée régulièrement pour offrir aux jeunes oiseaux de quoi se nourrir (en moyenne, sauf pendant les années médiocres, 550 braces sont tirées).Sans surprise, nous trouverons tous les grouses sur le versant à l’abri du vent. Entre vingt et vingt-cinq oiseaux en une demi-heure, superbement bloqués par les chiens. En redescendant dans la vallée, dans un soleil radieux, avec, dans le lointain, le Loch Ness, nous garderons en mémoire un spectacle, celui de deux grouses volant à trois mètres de la Land Rover, où l’on distinguait à la perfection leurs plastrons noirs et le rouge de leurs yeux. En contrebas, des cerfs nous surveillaient… Fascinante Écosse.