Sur le terrain

Anniversaire Armurerie Riffaut On n’a pas tous les jours 120 ans…

Anniversaire Armurerie Riffaut On n’a pas tous les jours 120 ans…
Hugues, le spécialiste du montage à bois. Le respect des traditions n'empêche pas l'utilisation des dernières innovations technologqies © Vincent Piednoir

Fondée en 1896 à Orbec (Calvados), cette maison bien connue des amateurs d’armes est d’abord une belle histoire familiale. Quatre générations de passionnés se sont succédé à sa tête au fil des décennies : aujourd’hui, elle fête son 120e anniversaire.

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 À l’instar de Paul Cornu – patron d’un atelier de mécanique et cycles à Lisieux – , Henri Riffaut était une sorte de touche-à-tout de talent, aussi éloigné que son compère des sphères parisiennes où se concentrait, à l’époque, la crème des ingénieurs et découvreurs français. Depuis 1896, il tenait, à Orbec, dans le Pays d’Auge, un atelier de réparation analogue à celui de Paul Cornu, et qu’il avait lui-même créé. Au numéro 69 de la rue Grande – artère principale de la ville – , on venait faire remettre en état ou acquérir bicyclettes, motos, mais aussi armes et même… automobiles. Concernant ces dernières, il convient de souligner qu’un tel service était alors rarissime en province – la voiture motorisée, telle que nous la connaissons, demeurant encore l’apanage d’une classe privilégiée. La réputation de la maison Henri Riffaut était d’ailleurs si bonne en ce domaine que, dans la toute première édition de leur célèbre guide – celle de 1900 – , les frères Michelin en personne jugèrent opportun de mentionner l’entreprise orbéquoise !

 Cent vingt ans se sont écoulés depuis la naissance de celle-ci. Transmis de père en fils, le flambeau du savoir-faire et de la passion ne s’est jamais éteint : une épopée familiale qui peut s’honorer de quatre générations en ligne directe – toutes attachées à l’histoire et au paysage humain de cette charmante petite ville qu’est Orbec. Reconnue bien au-delà des frontières normandes, la maison Riffaut a traversé les décennies en conciliant toujours amour du travail artisanal et aspiration permanente à l’innovation, approche traditionnelle et technologie de pointe. Forte de son ancrage local et de son authentique culture de la proximité, elle sut s’adapter sans cesse aux aléas du marché : en matière de mécanique de précision, spécialement armurière, l’expertise fait ici figure de patrimoine génétique.

D’abord, il y eut le père fondateur, Henri, auquel succéda son fils Camille, en 1921. Quelque quarante ans plus tard, ce fut au tour de ce dernier de confier les rênes de l’affaire à son propre fils, Jacques, qui prit lui-même sa retraite, en 1995, au profit de Laurent, actuel patron de l’établissement. Si, comme il était jadis fréquent, la maison Riffaut s’illustra durant de longues années dans le commerce de produits variés (vélos, machines à coudre, articles de pêche…), l’accent fut d’emblée mis sur les armes et les munitions. C’était le coeur même du métier – et le nerf de l’hérédité… « Pendant longtemps, explique en effet Laurent, nos cartouches étaient confectionnées une à une, à la main. Ce n’est qu’en 1983 que mon père s’est équipé d’une machine à encartoucher automatique. Une révolution!  500 000 unités étaient alors produites annuellement chez nous. Plus tard, une autre machine fut achetée, qui doubla le rendement. De fait, en 1993, lorsque nous avons été amenés à transférer la cartoucherie dans la périphérie d’Orbec pour répondre aux nouvelles normes de sécurité, trente à quarante mille cartouches sortaient chaque jour de nos ateliers… Parmi elles, au chapitre des balles cette fois, il y eut, outre la Brenneke, la célèbre Sauvestre – ce projectile révolutionnaire pour canons lisses inspiré des obus antichar. Nous avons été les premiers au monde à charger cette balle flèche, et longtemps les seuls : entre 1985 et 2006, nous en avons encartouché plus de vingt millions… »...Lire la suite...