Sur le terrain

Armurerie Darne Un pied dans le IIIe millénaire

Armurerie Darne Un pied dans le IIIe millénaire
Henri Bruchet dans son atelier à Saint-Etienne dirige toujours l'armurerie Darne © Darne

En 1881, Régis Darne décide de conquérir le monde avec ses fusils à canons fixes à la merveilleuse balistique. Paul Bruchet lui succède 100 ans plus tard et, aujourd’hui, Jacques Bolelli, qui dirige Fort Royal, et Hervé Bruchet ont repris le flambeau. Avec une volonté inébranlable.

 

À Paris, en arrivant face au numéro 32, du boulevard de la Bastille, devant le bien nommé canal de l’Arsenal, nous contemplons une élégante boutique rouge. À chaque extrémité de la vitrine, deux superbes caisses en bois peintes de la même couleur abritent des palmiers en sentinelles. En découvrant ce mobilier digne de l’Orangerie de Versailles, nous savons aussitôt
que nous sommes à la bonne adresse, avant même de lire le nom, Fort Royal, sur une plaque de cuivre rutilante.

 

Dans sa boutique d’exposition, nous attend Jacques Bolelli, un « Breton de pure souche », comme il se présente lui-même. Ce descendant d’un disciple de La Pérouse disparu à ses côtés a décidé de redorer le blason de l’artisanat français aux quatre coins de la planète. « Parce que, constate-t-il, l’artisanat d’art, cet élément du patrimoine national, est aujourd’hui en danger de
mort. Souvent, par manque d’accès aux marchés, nos fleurons disparaissent. »
C’est la raison d’être de Fort Royal, le nom du groupe dirigé par Jacques Bolelli. « Si j’ai toujours voulu faire de ma passion mon métier, explique-t-il, pour y contribuer, Fort Royal mutualise les moyens commerciaux et administratifs au service de chacune des entreprises constitutives du groupe. Et permet ainsi à l’artisanat d’art français de continuer à rayonner dans le monde.»


Bref, grâce à cette organisation, les artisans de “l’écurie” Fort Royal peuvent se concentrer complètement, et uniquement, sur leur savoir-faire ; le faire-savoir devenant la prérogative de Jacques Bolelli. C’est la raison pour laquelle, après Les Jardins du Roi-Soleil, héritier de Le Nôtre et spécialisé dans les bacs jardiniers, l’atelier des vitraux Simon Marq (créé en 1640), l’ébéniste Craman Lagarde, Darne a rejoint Fort Royal en 2013. Après son rachat par Fort Royal cette année-là, la manufacture stéphanoise est devenue la Société nouvelle des armes Darne.

 

En écoutant Jacques Bolelli, chasseur dans l’âme, parler avec passion des Darne, on découvre son attachement viscéral à cette marque. Comme c’était le cas pour Paul Bruchet (1935-2009),
lorsque son fils Hervé nous avait dit il y a dix ans à l’instant de conclure une visite : « Mon père a repris Darne parce que son âme le lui a commandé. » Pour Jacques Bolelli, poursuivre l’aventure Darne débutée par Régis Darne (1853-1939) en 1881 représente aussi une affaire personnelle. Et pour preuve de cet attachement à continuer une histoire, Hervé Bruchet, l’ancien propriétaire, dirige toujours Darne...Lire la suite...