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Audiovisuel : l’esprit Canal

Audiovisuel : l’esprit Canal
L'émission de Canal Plus, Spécial Investigation ©Canal Plus

Il est quelquefois bien difficile de croire que certains journalistes ne soient pas animés par un esprit militant et partisan après avoir vu le documentaire diffusé sur Canal Plus au début du mois de septembre. Dans le cadre de leur émission Spécial investigation, les journalistes de la chaîne cryptée ont consacré 52 minutes à la chasse, ou plutôt comme ils l’ont intitulé eux-mêmes au Pouvoir du fusil.

En fait d’investigation, c’est à un procès à charge auquel ont pu assister les téléspectateurs, procès dont l’issue ne faisait aucun doute. Tout est amené, pensé pour condamner la chasse, et donner une « image affligeante de notre passion », constate Pierre de Boisguilbert, responsable de la communication de la FNC. Dans ce réquisitoire, la vénerie y occupe une place de choix. Entre approximations historiques et formules chocs, on ne livre que les incidents avec des hallalis qui se terminent dans des villages (en s’abstenant bien de dire que sur 15 000 laisser-courre annuels, les incidents sont on ne peut plus rares), où l’on ne montre que des opposants à la chasse à courre, violents (et où l’on apprendra par la suite qu’ils avaient sans doute été prévenus par l’équipe de tournage elle-même !).

Quant aux autres modes de chasse, tous les poncifs y passent : l’alcool chez les nemrods, les accidents de chasse (le reportage ne s’attarde que sur le dramatique accident survenu en Lozère – où un non-chasseur avait été tué –, mais en se gardant de donner des statistiques globales, d’évoquer l’amélioration de la formation et le renforcement des règles de sécurité), les ex-chasses présidentielles (une haine pour tout ce qui ressemble à l’Ancien Régime affleure mais il n’est pas indiqué que ces battues participaient au prestige de l’État). Il est encore question de lobby au Parlement, de l’épisode Kadhafi lors d’une chasse à Rambouillet (tout le monde s’accorde à dire que c’était honteux).

En exagérant à peine, la seule note positive est l’incursion de la caméra dans une salle de classe où des chasseurs expliquent la faune sauvage devant un public aux anges ! Face à ce déferlement de contre-vérités et de malhonnêteté, dans la droite ligne de l’esprit Canal qui a fait du prêt-à-penser son fonds de commerce, on ne peut qu’être effondré. Le plus surprenant est que Canal est l’actionnaire majoritaire de Seasons, la chaîne de chasse et de pêche : les disciples de Saint-Hubert, qui payent chaque mois pour regarder leur chaîne favorite, apprécieront certainement ce traitement de faveur.