Culture

Crayons et Pinceaux Frans Snyders Une vie pour la nature morte

Crayons et Pinceaux Frans Snyders Une vie pour la nature morte
"Nature morte au gibier" de Frans Snyders. Des éléments vivants sont introduits dans les tabeaux, ici, un chat © Erich Lessing/AKG-Images

Le peintre d'Anvers, contemporain de Rubens, est l’un des plus beaux exemples de ce que peut être une parfaite maîtrise de la nature morte et de la représentation animale.

Même s’il n’est pas le premier peintre qui vient à l’esprit quand il s’agit de l’art baroque flamand, Frans Snyders, contemporain de Rubens, est assurément l’un des plus grands de son époque. C’est à lui que la nature morte doit ses lettres de noblesse et sa longue carrière de peintre montre combien il a su améliorer sa technique et collaborer avec les meilleurs pour parvenir à restituer au plus près la beauté de la faune et de la flore.

Le nom de Snyders, tout comme celui de Rubens et de bien d’autres peintres, artistes et penseurs, est indissociable de la ville d’Anvers qui, au XVIe siècle, avec l’essor du commerce maritime, était en passe de devenir la principale ville pour les échanges marchands et les arts des Pays-Bas méridionaux, alors gouvernés par les Espagnols. Snyders est né à Anvers, en 1579, d’un père restaurateur qui possédait l’un des établissements les plus fréquentés de la ville et l’on peut facilement imaginer combien l’environnement des produits de bouche, de terre et de mer, a pu être utile à l’enfant, certainement observateur, qui devait passer du temps dans l’estaminet paternel. On ne sait que peu de chose sur la façon dont le talent de Snyders s’est développé et, au contraire de certains peintres, de toutes les époques, il n’existe aucune anecdote sur un quelconque talent précoce ou des prédispositions pour le dessin. Ce que nous savons de l’apprentissage du peintre est qu’il est passé entre les murs de l’atelier de Jan Breughel (1568-1625) et, peut-être, de celui d’Hendrick Van Balen (1575-1632), ce dernier point restant sujet à discussions entre les historiens de l’art. Est-ce là que son talent pour la nature morte est né ? Ce genre pictural se limitait, à l’époque de la jeunesse de Snyders, aux guirlandes et bouquets de fleurs qu’agrémentaient de leur présence quelques insectes.

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 Ainsi au printemps 1608, Snyders part pour Rome avant de se rendre à Milan qu’il quittera précipitamment en avril 1609 (obligeant Breughel à excuser son protégé auprès du cardinal). En Italie, il se familiarise avec la peinture italienne de la Renaissance aux coloris si particuliers, il y approfondit son art et revient à Anvers afin de vivre de sa peinture. Son séjour romain lui permit de devenir doyen de la Confrérie des romanistes à Anvers, en 1628, réunissant les artistes ayant effectué un séjour romain. À son retour à Anvers, il collabore avec Rubens. Il est difficile d’imaginer aujourd’hui l’effervescence artistique que connaissait alors la ville d’Anvers qui comptait, en 1650, 129 peintres pour 100 000 habitants… Les peintres y étaient donc fort nombreux et il était parfaitement courant que ceux-ci travaillent ensemble sur les oeuvres qu’ils réalisaient.

 Snyders n’a pas vécu, au contraire de son contemporain Rubens, une vie aventureuse ou ponctuée d’ambassades et de voyages. Une fois rentré à Anvers, il ne la quitta plus. Il épousa, en 1611, Marguerite, la soeur des peintres Cornelis et Paul De Vos avec lesquels il collabora. Van Dyck a peint les époux dans deux somptueux portraits actuellement visibles à la Frick Collection de New York et en fit un double portrait actuellement conservé au Musée de Cassel. La réputation et le talent de Snyders lui permirent de vendre convenablement ses oeuvres, très nombreuses (on en dénombre près de 800). Il semble cependant qu’il n’ait pas développé un atelier au sens propre du terme et que seuls quelques élèves ont bénéficié de la transmission de son savoir au premier rang desquels Jan Fyt. Il acquiert une maison sur l’une des rues les plus élégantes d’Anvers, la Keizerstraat ; il eut pour voisin immédiat le grand collectionneur Nicolas Rockox, dont la maison, aujourd’hui transformée en musée, contient une superbe toile de Snyders, la Chasse au sanglier.

Snyders a en effet abandonné le caractère jusque-là très descriptif du style de la nature morte pour se transporter vers une conception plus baroque de ce sujet en offrant aux spectateurs de grandes compositions rythmées et très construites, qui constituent de vrais spectacles où les différentes espèces d’animaux se côtoient et se succèdent et les différentes variétés de plantes, fleurs et fruits se cumulent de façon très théâtrale. L’une des autres caractéristiques de l’art de Snyders est d’intégrer à ses natures mortes des éléments vivants ; on y voit un singe voler des fruits ou un chat jouer avec la tête d’un héron…Lire la suite...