Culture

Crayons et Pinceaux Thibault de Witte A portée de tir et de rire

Crayons et Pinceaux Thibault de Witte A portée de tir et de rire
Thibault de Witte se consacre dorénavent entièrement à ses deux passions, la chasse et le dessin © Diane de Witte Diane de Witte

Passionné de chasse et de dessin depuis son plus jeune âge, Thibault de Witte croque avec humour les beautés de cette nature vivante qui se joue volontiers… du cynégète. Portrait d'un aquarelliste de talent – esthète et bon vivant.

Ici, un chasseur et son chien somnolent à l’abri d’un arbre – alors que, sur leurs têtes, les canards tant espérés tournent tranquillement… Là, au premier plan, une belle compagnie de sangliers s’enfuit : les bêtes noires semblent glisser dans le dos du tireur qui, juché sur son mirador, le regard aux antipodes, ne s’aperçoit de rien… Ailleurs, c’est l’heure de la pause : évidemment, on boit un coup, on se détend, on se dit que le gibier attendra bien un peu ; et, évidemment, le vénéré choisit cet instant précis pour fendre l’air de toute sa majestueuse envergure ! Voyez-vous maintenant ce nemrod aux aguets, plus attentif que jamais, et qu’un facétieux brocard observe à son insu – comme doué d’ironie ? Cocasses, de telles scènes font aussi partie de la chasse… Car qui n’a jamais eu vent de ces “rencontres” d’autant plus mémorables qu’on peut parfaitement les avoir vécues – sans le savoir ? Si, au terme d’une traque qui vous a été ostensiblement favorable, l’un de vos compagnons de ligne vous demande, déconcerté : « Pourquoi n’as-tu pas tiré ? Ce daguet t’a pourtant frôlé ! » – ne cherchez surtout pas d’excuses, congédiez sur-le-champ la honte de vous être assoupi ou d’avoir un instant rêvassé ! Et allez plutôt voir Thibault de Witte : il saura vous montrer, aquarelles à l’appui, tout le parti que l’art peut tirer des occasions manquées.

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 À la fois léchées et subtilement épurées, les oeuvres de Thibault de Witte témoignent de cette noble passion. Drôles ou émouvantes, ironiques ou espiègles, elles ne s’embarrassent jamais de sophistications abusives et vont d’emblée à l’essentiel. Il faut dire que la qualité du regard originel est ici généreusement secondée par la justesse d’un trait aussi talentueux qu’expérimenté. Car la Rome de notre Picard ne s’est certes pas faite en un jour : dès le primaire, ses crayons lui servaient moins à prendre des notes qu’à… caricaturer professeurs et élèves. Peu stimulé par les études, il n’a en revanche pas cessé de cultiver son goût pour le dessin, croquant tout ce qui lui passait sous les yeux – à l’affût, opportuniste. « Mon père était banquier. Nous avons beaucoup déménagé parce que son métier l’exigeait. Nous avons vécu en Allemagne, en Angleterre. Moi qui n’aimais pas tellement l’école, j’ai fréquenté treize établissements pendant ma scolarité… »

 En 1989, heureusement, il entre aux Arts décoratifs de Mouscron, en Belgique, où il se familiarise durant trois années aux arts graphiques – crayon, fusain, gouache, pastels… Mais voilà ! Une fois dans la vie active, il opère un curieux revirement : sans diplôme en ce domaine, il entame une carrière dans le secteur… commercial. « J’ai commencé tout en bas, se souvient-il. Je faisais du porte-à-porte, en région parisienne. Je vendais des encyclopédies juridiques. Ça a duré un an ; ce fut très formateur. Ensuite, j’ai gravi les échelons jusqu’à devenir cadre. J’ai même fondé ma propre entreprise, il y a quelques années. »

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 Cela fait un peu plus d’un an que Thibault de Witte oeuvre à plein temps. Sa première exposition d’envergure, au salon Saison de chasse de Lille, date de mai 2014 ; la même année, en novembre, il a reçu le Prix de l’humour décerné par le jury du Salon des artistes animaliers de chasse et de la nature, à l’hippodrome d’Auteuil, à Paris. Une jolie reconnaissance pour cet inconditionnel des beautés bucoliques et du sourire raffiné, aujourd’hui installé à Lamotte-Buleux, près d’Abbeville, au coeur de cette région qui l’a vu naître en 1970 et dont il parle avec une affection débordante. « La Somme est un paradis cynégétique. Le gibier y est abondant, et varié : petit ou grand, migrateur ou sédentaire, à poil ou à plume, on trouve de tout ici. Même des mouflons ! Évidemment, on pense à la baie, à ses huttes, à sa sauvagine, à ce paysage toujours changeant entre mer et terre, bordé par Le Crotoy, Saint-Valéry… J’ai été élevé dans cette atmosphère où les sens sont constamment sollicités, aiguisés. » Et d’évoquer la ferme que ses grands-parents, agriculteurs, possédaient jadis à une trentaine de kilomètres au sud d’Amiens… « Le Campreux : c’était le fief de la famille ! », résume-t-il...Lire la suite...