Culture

Damien Colcombert Instanées animaliers

Damien Colcombert Instanées animaliers
Eléphant d'Afrique chargeant. Force et puissance. Photo ©Damien Colcombet

Il n’a sans aucun doute pas choisi fortuitement la place des Vosges à Paris comme lieu de rendez-vous. Damien Colcombet s’expose au numéro 17, à la Galerie Estades. On devine qu’il n’est sûrement pas insensible à la rigueur et au classicisme de l’unité du lieu, à ces immeubles à deux étages en briques rouges à chaînages de pierre blanche. Très vite, pour ne pas dire tout de suite, la vingtaine de sculptures présentées – dont la moitié étaient déjà vendues – dégagent quelque chose qu’auraient certainement approuvé discrètement un Barye, un Mêne ou un Frémiet… Peut-être moins en “fureur”ou en ciselé, mais davantage en filiation, car il est du même sang.


 Que l’on soit amateur ou collectionneur, difficile de rester circonspect devant la densité de son travail, au-delà de sa maîtrise même du modelé. Ce qui frappe, c’est d’emblée la profondeur et l’exactitude naturelle de son oeuvre, qui mêle habillement équilibre, puissance et rigueur à la manière – entre autres – de Rembrandt Bugatti. Bref, l’artiste nous livre de vraies “personnalités animales”. Que dire de plus, en effet, devant ce buffle au regard inquiet, devant la force de son gorille assis et pensif ou de son éléphant d’Afrique. Que dire du relief et de la patine donnés au pelage d’un chimpanzé, à l’épaisseur de la peau grainée de son rhinocéros ? On n’est pas loin de penser, comme l’un de ses clients célèbres, Alain Delon – qui fut, il y a quelques années, l’un des plus grands collectionneurs de Rembrandt Bugatti – , que notre artiste a un « talent phénoménal ». Et un travail qui l’est tout autant, serait-on tenté d’ajouter, dans la lignée des grands sculpteurs animaliers du XIXe siècle. La comparaison ne s’arrête pas là, car, comme certaines signatures de ce XIXe si fécond, le parcours de Colcombet sera chaotique, ou à tout le moins atypique, avec toutefois une constante qui explique tout, sa fascination pour la vie animale. Si sa carrière est somme toute récente, Damien Colcombet, affiche, à 46 ans, plusieurs vies. Mais c’est le pays de son enfance, autour de Rennes, qui l’imprégnera à jamais. Dernier d’une famille de sept enfants, il suit son père, ingénieur agronome,dans les fermes bretonnes.

 


 Déjà, se souvient-il, il « observe et écoute ». Il écoute notamment son grand-père, un peu « Raboliot dans l’âme »,« un original, avec qui on ne s’ennuyait jamais ». Il lui racontait « que pendant la guerre, avisant un sanglier coincé dans un coin par des enfants, il se saisit d’une fourche et le cloua au sol ! ». Une autre fois, lorsque Damien enfant rentre de classe, il découvre dans sa chambre un beau renard que son grand-père a occis. Ce grand-père romanesque attrapait aussi des cormorans au nid et braconnait un peu pour étudier les animaux. Il observe aussi toute la faune qui gravite autour des étangs, car ce même aïeul en avait un. C’est également à ses côtés que Damien suit en Bretagne des chasses « de grand gibier dans le bois de Maxent, près de la forêt de Paimpont » alors qu’avec son père, il chasse le « petit gibier dans un bois appartenant au marquis des Nétumières », près de Rennes jusqu’à ce qu’il devienne étudiant. C’est un de ses regrets de ne jamais avoir trouvé le temps de passer son permis de chasse, car il garde de grands souvenirs de ses pérégrinations cynégétiques. « C’était un émerveillement car elles s’apparentaient surtout a des promenades de méditation en petits comités formés d’un paysan, d’une personnalité, d’un militaire ou d’un retraité… dont l’objectif n’était pas le tableau de chasse. » Il observe et dessine « avec très tôt le goût des portraits de bêtes, animaux de ferme ou espèces vues au cirque ». D’ailleurs, sur son carnet de notes, un professeur avait crûment indiqué que « l’attrait du dessin l’emporte sur celui de la littérature »… À 18 ans, il découvre toujours avec son grand-père, la rudesse et la beauté de la faune africaine au Kenya ; il s’y abreuve d’images, et retournera trois ans plus tard cette fois en Tanzanie. Entre-temps, il a découvert la sculpture animalière...Lire la suite...