Reportage

Des plumes à Gouloumbou

Des plumes à Gouloumbou
Des pigeons à épaulettes violettes chassés au poste© Francis Zimmermann

Qu'on le veuille ou non, chasser en Afrique a toujours un parfum d'aventure et de dépaysement complet. Notre chasse au petit gibier au Sénégal n'y a pas échappé.  

Bercés par les cahots de la route, écrasés de chaleur, nous somnolons dans le minibus lancé à pleine vitesse sur l’asphalte brûlant. L’air est lourd et épais, chargé d’une fine poussière au parfum de fer et de poivre. De la nationale 1 qui relie Dakar à Tambacounda, nous ne distinguons que les bas-côtés dans la nuit noire. Éblouis par les phares des camions défraîchis, nous ne parvenons pas à dormir. Pourtant, notre groupe, parti depuis la veille, est épuisé. Après un vol sans histoire, notre avion a quitté la piste de Roissy-Charles-de-Gaulle à 15h 30, avant de se poser à l’aéroport Léopold-Sédar-Senghor à 21h 30, heure locale. En descendant de la passerelle dans l’air frais et salé de Dakar, nous nous sommes laissés aller au vertige de l’arrivée en Afrique. Un plaisir presque charnel et d’une force inexplicable, où tout est soudain plus net et plus vif. Ce continent terrible, porteur des plus grands espoirs et capable des pires horreurs, continue à fasciner tous les voyageurs qui savent néanmoins qu’une Afrique à la réalité plus crue les attend.

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La route entre la capitale du Sénégal et les portes de la Haute Casamance a été refaite en 2010, mais il faut encore au moins huit heures pour rejoindre notre campement, à quelques kilomètres de la ville frontière de Manda Douane, tout au bord du fleuve Gambie. Une terre magnifique de savane arbustive, de villages isolés aux champs cultivés et de forêts clairsemées. Plus nous nous éloignons de Dakar et des bidonvilles qui l’entourent, plus nous croisons de véhicules. De longues files de camions chargés jusqu’au ciel avancent à petite vitesse sur cet axe vital entre le Sénégal, la Gambie, la Guinée-Bissau, le Mali et la Guinée. Dans la lumière électrique, apparaissent tout à coup des charrettes brinquebalantes, des ânes effarés dans les phares, des chèvres un peu perdues et des moutons ahuris. Le danger est partout et la décontraction de notre chauffeur trompeuse. Il n’a qu’une vingtaine d’années, mais il connaît son métier. Chaque jour sur la N1, il rejoue le Salaire de la peur version africaine : quelques heures de sommeil, d’immenses distances sur du goudron chauffé à blanc au volant de véhicules à l’agonie, ponctuées de rares pauses pour faire la prière ou le plein de carburant. Chaque voyage peut être le dernier…Lire la suite...