Histoire

Le Couteulx de Canteleu Maître ès véneries

Le Couteulx de Canteleu Maître ès véneries
Une des très rares photos de Le Couteux de Canteleu © DR

Descendant d'une vieille famille normande, il est l'un des grands maîtres de la vénerie française. Ce puriste aura deux passions dans sa vie : l'élevage et la chasse. Avec une inclination toute particulière pour le chien.

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De même qu’il n’aime pas la pêche à la ligne, goûte-t-il peu les pratiques cynégétiques exclusivement fondées sur l’usage des armes à feu. Non qu’il méprise la chasse à tir, bien entendu, ou qu’il méconnaisse les avantages du fusil ou de la carabine dans certaines circonstances : le fait est, simplement, que ses chasses de prédilection confèrent d’emblée à l’emploi des armes à feu un rôle plutôt secondaire. En guise d’introduction à sa Pêche au cormoran, le comte fait d’ailleurs – est-ce un hasard ? – la part belle à l’art subtil de la fauconnerie, art si prisé de certains rois, au nombre desquels Louis XIII, « le plus grand amateur de fauconnerie qui ait existé ». Après avoir, là encore, décrit en détail les beautés de ce noble déduit, Le Couteulx se désole : « Pourquoi a-t-on abandonné en France la fauconnerie ? […]. Il y avait tant de jolis vols pratiqués autrefois qui n’ont guère été usités que chez nous et qui sont maintenant perdus… » Imperméable aux modes, refusant de voir décliner les grandes traditions qui octroient selon lui leurs véritables valeurs aux pratiques modernes, Le Couteulx tenta, avec plus ou moins de bonheur, de ranimer en France « ce sport ravissant […], digne du patronage des dames ». Il se tourna ainsi vers l’Angleterre, où l’on y était encore sensible, et créa un équipage avec lequel il chassa trois ans – mais sans parvenir à susciter de nombreuses vocations sous nos latitudes… Il l’affirme pourtant : « Peut-être un jour se trouvera-t-il quelque grand propriétaire […] qui rendra à la France ce charmant exercice. »

 

Opiniâtre, très appliqué, ce puriste profondément amoureux de l’animalité en soi a le dressage dans le sang… Mais si la pêche au cormoran et la fauconnerie lui offrent de belles émotions, Le Couteulx est d’abord un grand maître de la vénerie française. Là, il ne supporte pas la médiocrité ou le dilettantisme, particulièrement à l’endroit de l’éducation de son plus fidèle allié : le chien. Aussi est-ce avec sévérité qu’il condamne la paresse de ses compatriotes, réputés impatients, frivoles et, par conséquent, incapables de faire d’un cheval ou d’un chien un animal de haute tenue – alors même qu’il existe en France d’excellentes races… Conséquence inéluctable, et qui l’irrite : « Nous avons recours à l’étranger pour avoir des bêtes toutes mises et bien dressées, aux persévérants Anglais ou aux patients Allemands, qui, en se frottant les mains, nous envoient contre notre argent des bêtes inférieures aux nôtres peut-être, mais patiemment et intelligemment dressées. » Pour un veneur de sa trempe, qui considère le chien comme « l’âme de la chasse », voilà un constat bien amer… Un constat qu’il s’efforcera toute sa vie de faire mentir.

Jean-Emmanuel-Hector Le Couteulx de Canteleu naquit le 18 juin 1827 au château de Saint-Martin, à Étrépagny, dans l’Eure – où il mourut le 22 janvier 1910. Il descend d’une ancienne famille bourgeoise d’obédience catholique qui fit progressivement fortune dans le commerce d’abord, puis dans le secteur de la finance. Riche et complexe, l’histoire des Le Couteulx est celle d’une “dynastie” implantée en Normandie comme à Paris, et qui sut, du XVIe au XVIIIe siècle, faire fructifier son patrimoine de façon presque continue, devenant ainsi, à la veille de la Révolution, l’un des acteurs les plus puissants du système bancaire français. [...]

Dès 1852, il devient lieutenant de louveterie de l’arrondissement des Andelys, succédant ainsi à son père ; huit ans plus tard, il endossa la même fonction à Louviers. Avec sa meute de griffons dédiée au loup, il traque celui-ci dans la plus pure tradition du courre, nullement soucieux de détruire en masse un animal qui, du reste, se fait de plus en plus rare au coeur des régions. Éleveur avisé et audacieux, il travaille inlassablement à la préservation et à la régénération des races de chiens courants existantes (chien de Gascogne, de Saintonge…) ou devenues rares (fauve de Bretagne, chien normand…) – dressant, avec une précision significative, la liste de celles qui ne renaîtront plus… De fait, très attaché aux qualités cynégétiques du saint-hubert (« Pas un chien n’est […] plus sûr de change; aucun ne reste plus obstinément sur son animal au milieu de cinquante autres »), Le Couteulx contribue, sur la base du blood-hound anglais, à réintroduire en France cette ancienne race royale qu’affectionnait tant Charles IX, et dont il déclare avoir élevé « plus de trois cents » représentants… Mais si le talent qu’il met à conserver l’excellence lui vaut très tôt l’admiration des connaisseurs, son savoir tout empirique en matière de croisements force aussi le respect de ses contemporains étrangers : estimé jusqu’en Russie, le basset artésien-normand qu’il crée dans les années 1870 a même, en Angleterre, « l’honneur insigne d’être classé pour les concours ». ...Lire la suite...