Reportage

Plumes sud-africaines

Plumes sud-africaines
Pose devant le tableau d'une passée réussie. Cogolins, canards à bec jaune, sarcelles, souchets peuvent en faire partie © Vincent Piednoir

Réputée pour la richesse de sa faune et de sa flore, l'Afrique du Sud n'est plus seulement prisée des chasseurs de grands animaux. Avec ses francolins, ses pintades, ses canards et ses oies, cette destination offre aujourd'hui, entre bush et marais, de nouvelles perspectives aux passionnés du small game.

Depuis plus d’une heure, le soleil s’est levé sur la brousse. Pour le moment, la température est agréable, quoique la luminosité, passablement aveuglante, impose déjà à certains d’entre nous le port de lunettes adaptées. Bientôt, malgré la brise légère, la chaleur, inaccoutumée en cette saison, sera de la partie… Nous sommes pourtant au tout début du mois de mai – c’est-à-dire aux portes de l’hiver, ici. Exceptionnellement sèche, pelliculée d’une poussière brun-rouge, la terre que nous foulons semble une vaste plaine désertée par la chlorophylle, plus aride que de coutume.

 Dans cette contrée où le jaune paille des herbes folles règne en maître, et où d’hostiles épineux plutôt clairsemés forment le seul couvert naturel disponible, il ne faut pas s’attendre à rencontrer, au fil de la billebaude, quelque luxuriante rivière bordée de verdure ; les points d’eau y sont en effet fort rares – ce qui n’empêche nullement les farmers locaux de faire pousser, sur d’immenses parcelles, le maïs, le tournesol et le soja qu’ils exporteront en masse. À la vérité, retardées par la sécheresse qui frappe de plein fouet la région, toutes ces cultures artificiellement irriguées sont encore sur pied lorsque nous entamons notre séjour – facteur peu favorable, certes, et avec lequel il nous faudra bien composer…

 Tandis que nous cheminons aux abords d’une jachère, la silhouette d’un puissant animal arborant deux longues cornes en spirale et de larges oreilles se présente à une centaine de mètres de notre ligne : immobile au beau milieu d’un layon éclairé par le soleil, ce superbe mâle de grand koudou ne paraît pas effrayé le moins du monde. L’espace d’un court instant, il observe le groupe d’importuns qui lui fait face, évente sans doute nos deux chiens en alerte, puis, presque indifférent, prend le parti de s’enfoncer tranquillement dans les broussailles voisines… En d’autres circonstances, l’élégance de son trophée aurait assurément excité la convoitise des nemrods ! Et cependant, ce n’est pas pour lui que nous avons quitté l’Hexagone, traversé tout un continent et gagné ce pays si envoûtant qu’est l’Afrique du Sud.

 “Envoûtant” : ce qualificatif banal, qu’on utilise aujourd’hui à tout propos et hors de propos, correspond pourtant mieux qu’aucun autre à cette partie de l’Afrique australe où se côtoient montagnes, forêts profondes, zones désertiques, plaines, marais et littoraux. Pour l’esthète de la vie sauvage et, a fortiori, pour l’amateur de grosse bête, il s’agit là d’un eldorado, même si l’on ne peut nier que la quasi-totalité des propriétés sont closes, ce qui n’est pas vraiment la même chose en termes de difficultés et d’éthique de chasse : sans même évoquer les fameux Big Five (lion, léopard, éléphant, rhinocéros et buffle), symboles d’une réalité qui confine à l’imaginaire collectif, on dénombre sous ces latitudes une quantité impressionnante d’espèces chassables (à l’affût et à l’approche, surtout) – du phacochère au potamochère, du gnou à l’oryx, de l’impala au serval en passant par le chacal, le caracal, le très bondissant springbok et les multiples sous-espèces que l’usage englobe désormais sous le nom d’ “antilope” ; la liste est longue… D’autant que l’attrait exercé par le big game sud-africain sur les chasseurs étrangers correspond parfaitement au goût et à la tradition cynégétiques du lieu – ce qui n’est guère le cas du small game, raison de notre présence dans cette province du Limpopo où nous allons chasser devant soi, durant quatre jours et aux chiens d’arrêt, francolins, pintades casquées et autres cailles...Lire la suite...