Reportage

Sous les cieux du Mozambique

Sous les cieux du Mozambique
Un buffle "Caffer Caffer" ©Glowimages/Herbert Kratky

Lentement mais sûrement, l’ancienne colonie portugaise retrouve son souffle. La chasse aussi comme nous l’avons découvert sur une somptueuse zone dans la province du Niassa.

 

Vus du ciel, Lichinga, l’ancienne Vila Cabral des Portugais, et ce paysage caractéristique des hauts plateaux paraissent enveloppés d’une sorte de halo rouge qui semble sourdre de la terre elle-même. Une impression renforcée lorsque, plus tard, l’on pénètre dans la ville après avoir quitté le petit aérodrome qui dessert le chef-lieu de la province de Niassa, tout au nord du Mozambique. Les maisons de briques ou de torchis du quartier africain, les murs lépreux, les trottoirs cabossés et les rues défoncées sont teints de rouge, même les arbres ne semblent pouvoir échapper à cette pigmentation. Lorsque l’on s’aventure dans le centre de la cité et les quartiers de l’ancienne ville européenne, l’on découvre de larges avenues éclairées parfois par des alignements de jacarandas. Leurs branches croulent sous des grappes de fleurs mauves qui embaument l’atmosphère de cette odeur capiteuse si caractéristique des “flamboyants bleus”. Ces avenues coupent à angle droit des rues secondaires où l’on aperçoit des villas coloniales au charme un peu désuet des années 1930. La restauration de certaines d’entre elles leur redonne le lustre d’antan en même temps qu’elle confère à l’endroit une impression de propre et de neuf dont la ville, en dépit de sa relative préservation, est tristement dépourvue.

Nous voyageons depuis Maputo, la capitale du Mozambique, en compagnie de Sandro qui entreprend son tout premier voyage en Afrique. Enthousiaste et curieux de tout, Sandro va se révéler un excellent compagnon de chasse. Une aubaine car un périple au long cours peut tourner au calvaire avec un mauvais coucheur : tout le monde en a fait l’amère expérience une fois, et une fois de trop…

Ensemble nous faisons la connaissance de Manuel venu nous accueillir à l’aérodrome de Lichinga. Manuel s’exprime dans un excellent français. Jamais à court de boutades, volontiers pince-sans-rire, son visage, dont une coupe de cheveux rase accentue la rondeur, s’illumine facilement d’un large sourire qui contredit immédiatement le sérieux supposé de son propos. Tout en muscle, râblé et solidement campé, notre homme a le physique de l’emploi.

En compagnie de notre guide, nous quittons Lichinga la rouge en direction de la zone de chasse (que Jérôme Latrive commercialise auprès de la clientèle française) qu’il gère depuis 2009, à trois heures et demie de route de là. Dès les premiers kilomètres, nous sommes confrontés à l’un des paradoxes de ce pays en plein essor. Si le Mozambique reste encore aujourd’hui l’un des pays les plus pauvres d’Afrique, il connaît depuis plusieurs années un développement exponentiel. Des gisements de gaz off-shore qui feront, dans les années à venir, du Mozambique le quatrième producteur mondial, un sous-sol regorgeant de charbon, de minerais, des forêts riches d’essences rares et pour couronner le tout un solide potentiel touristique, en particulier le long du littoral, sont autant de facteurs favorables à la croissance, non seulement pour le pays lui-même mais encore, peut-on l’espérer, pour une population qui compte encore plus de 50 % d’analphabètes et dont le salaire moyen mensuel ne dépasse pas les 30 euros. Mais le Mozambique doit effacer les stigmates de près de trente ans de guerre d’indépendance, puis civile. Si les villes n’ont guère souffert des combats, il n’en va pas de même des infrastructures du pays. Les voies ferrées détruites, les routes, les ponts endommagés par les intempéries ou la folie destructrice des combattants : tout doit être reconstruit, réparé, remplacé. Ces réparations entraînent des chantiers gigantesques que se disputent les pays occidentaux, la Chine et les pays émergents au premier rang desquels l’Inde et le Brésil... Lire la suite...